La Charte des droits fondamentaux de lâUE cĂ©lĂšbre ses 20 ans. BĂ€rbel Kofler, dĂ©lĂ©guĂ©e fĂ©dĂ©rale Ă la politique des droits de lâhomme, souligne Ă cette occasion Les citoyens et citoyennes jouissent pour la premiĂšre fois au niveau europĂ©en de droits fondamentaux dont ils peuvent se prĂ©valoir. »Madame Kofler, voici 20 ans, lâUnion europĂ©enne se dotait de la Charte des droits fondamentaux. Quelle valeur ajoutĂ©e cette charte offre-t-elle concrĂštement aux citoyennes et citoyens europĂ©ens ?BĂ€rbel Kofler La Charte des droits fondamentaux est le dĂ©veloppement logique de lâUE, de simple marchĂ© intĂ©rieur Ă une union politique reposant sur des valeurs communes les citoyennes et citoyens jouissent pour la premiĂšre fois au niveau europĂ©en de droits fondamentaux quâils peuvent invoquer et ce, quel que soit le pays membre de lâUE dans lequel ils se document relativement rĂ©cent sur les droits de lâhomme contient par ailleurs de nombreux droits qui ne figurent mĂȘme pas dans les constitutions nationales. Le droit Ă lâintĂ©gritĂ© physique, par exemple, est Ă©tendu dans la Charte au domaine de la biotechnologie et au clonage. De mĂȘme, la Charte fait mention du droit Ă la protection des donnĂ©es Ă caractĂšre personnel et Ă©nonce des objectifs en matiĂšre de protection de lâenvironnement et des plus, la Charte comprend des droits spĂ©cifiques Ă lâUnion europĂ©enne. On mentionnera Ă titre dâexemple le droit Ă la libre circulation et la libertĂ© dâĂ©tablissement ainsi que les droits relatifs aux institutions 2009, le TraitĂ© de Lisbonne entrait en vigueur dans lâUE. Depuis cette date, la Charte des droits fondamentaux est ancrĂ©e dans la lĂ©gislation europĂ©enne. Pourquoi est-ce si important dans lâoptique des droits de lâhomme ?BĂ€rbel Kofler Ătant donnĂ© quâavec la Charte les droits de lâhomme sont ancrĂ©s dans la loi, il est possible de les faire valoir en justice, câest-Ă -dire devant les tribunaux nationaux et la Cour de justice de lâUnion europĂ©enne. Cela assure un maximum dâefficacitĂ© de ces droits et permet aux citoyennes et citoyens de lâUnion dâen jouir au Charte des droits fondamentaux juridiquement contraignante est Ă©galement essentielle dans la mesure oĂč de plus en plus de lois nationales appliquent la lĂ©gislation europĂ©enne. Sans elle, une dimension capitale, Ă savoir les droits de lâhomme, serait absente de la lĂ©gislation Ă lâĂ©chelon Charte offre Ă©galement Ă lâUE un cadre pour son action extĂ©rieure. Il est important Ă mes yeux que les valeurs fondamentales jouent un rĂŽle appropriĂ© dans la politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© cadre de vie se transforme rapidement, par exemple en raison du passage au numĂ©rique et du rĂ©chauffement climatique. La Charte des droits fondamentaux sera-t-elle encore dâactualitĂ© dans les 20 annĂ©es Ă venir ? Ou bien jugez-vous nĂ©cessaire que lâUE lâactualise ?BĂ€rbel Kofler La prĂ©sidence allemande du Conseil de lâUnion europĂ©enne a envoyĂ© un signal fort montrant que la protection des droits fondamentaux est Ă©galement cruciale pour les questions dâavenir. Car il est bien entendu nĂ©cessaire, face aux mutations sociĂ©tales et technologiques, de vĂ©rifier rĂ©guliĂšrement si la protection des droits fondamentaux aux Ă©chelons national et europĂ©en est Ă la hauteur des nouveaux conclusions de la prĂ©sidence concernant la Charte, publiĂ©es au mois dâoctobre, ont un triple objectif ancrer les droits fondamentaux et les valeurs de lâUE Ă lâĂšre du numĂ©rique, promouvoir la souverainetĂ© numĂ©rique de lâUE et contribuer activement au dĂ©bat mondial sur lâutilisation de lâintelligence maniĂšre gĂ©nĂ©rale, une chose est sĂ»re les droits fondamentaux et les droits de lâhomme sont par dĂ©finition universels et indivisibles. Il convient donc de noter deux points essentiels premiĂšrement, les droits garantis par la Charte doivent ĂȘtre prĂ©servĂ©s ; deuxiĂšmement, ils doivent rĂ©ellement amĂ©liorer la vie des EuropĂ©ennes et EuropĂ©ens. Nous sommes malheureusement obligĂ©s de plaider sans cesse et de plus en plus, auprĂšs des autres Ătats membres Ă©galement, pour que ces droits soient respectĂ©s.Chartedes droits fondamentaux de l'Union europĂ©enne - Commentaire article par article - Fabrice Picod,SĂ©bastien Van Drooghenbroeck - Le 1er dĂ©cembre 2009, entrait en vigueur le traitĂ© de Lisbonne. Par ce biais, la Charte des droits fondamentaux acquĂ©rait la valeur contraignante pleine et entiĂšre dont elle sâétait vu initialement Journal officiel des CommunautĂ©s europĂ©ennes 18 dĂ©cembre 2000 Le Parlement europĂ©en, le Conseil et la Commission proclament solennellement, en tant que Charte des droits fondamentaux de l'Union europĂ©enne, le texte repris ci-aprĂšs. PRĂAMBULE Les peuples de lâEurope, en Ă©tablissant entre eux une union sans cesse plus Ă©troite, ont dĂ©cidĂ© de partager un avenir pacifique fondĂ© sur des valeurs communes. Consciente de son patrimoine spirituel et moral, lâUnion se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignitĂ© humaine, de libertĂ©, dâĂ©galitĂ© et de solidaritĂ© ; elle repose sur le principe de la dĂ©mocratie et le principe de lâĂtat de droit. Elle place la personne au cĆur de son action en instituant la citoyennetĂ© de lâUnion et en crĂ©ant un espace de libertĂ©, de sĂ©curitĂ© et de justice. LâUnion contribue Ă la prĂ©servation et au dĂ©veloppement de ces valeurs communes dans le respect de la diversitĂ© des cultures et des traditions des peuples de lâEurope, ainsi que de lâidentitĂ© nationale des Ătats membres et de lâorganisation de leurs pouvoirs publics au niveau national, rĂ©gional et local ; elle cherche Ă promouvoir un dĂ©veloppement Ă©quilibrĂ© et durable et assure la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux, ainsi que la libertĂ© dâĂtablissement. A cette fin, il est nĂ©cessaire, en les rendant plus visibles dans une Charte, de renforcer la protection des droits fondamentaux Ă la lumiĂšre de lâĂ©volution de la sociĂ©tĂ©, du progrĂšs social et des dĂ©veloppements scientifiques et technologiques. La prĂ©sente Charte rĂ©affirme, dans le respect des compĂ©tences et des tĂąches de la CommunautĂ© et de lâUnion, ainsi que du principe de subsidiaritĂ©, les droits qui rĂ©sultent notamment des traditions constitutionnelles et des obligations internationales communes aux Ătats membres, du traitĂ© sur lâUnion europĂ©enne et des traitĂ©s communautaires, de la Convention europĂ©enne de sauvegarde des droits de lâhomme et des libertĂ©s fondamentales, des Chartes sociales adoptĂ©es par la CommunautĂ© et par le Conseil de lâEurope, ainsi que de la jurisprudence de la Cour de justice des CommunautĂ©s europĂ©ennes et de la Cour europĂ©enne des droits de lâhomme. La jouissance de ces droits entraĂźne des responsabilitĂ©s et des devoirs tant Ă lâĂ©gard dâautrui quâĂ lâĂ©gard de la communautĂ© humaine et des gĂ©nĂ©rations futures. En consĂ©quence, lâUnion reconnaĂźt les droits, les libertĂ©s et les principes Ă©noncĂ©s ci-aprĂšs. * CHAPITRE I - DIGNITĂ Article premier. DignitĂ© humaine La dignitĂ© humaine est inviolable. Elle doit ĂȘtre respectĂ©e et protĂ©gĂ©e. Art. 2. Droit Ă la vie 1. Toute personne a droit Ă la vie. 2. Nul ne peut ĂȘtre condamnĂ© Ă la peine de mort, ni exĂ©cutĂ©. Art. 3. Droit Ă lâintĂ©gritĂ© de la personne 1. Toute personne a droit Ă son intĂ©gritĂ© physique et mentale. 2. Dans le cadre de la mĂ©decine et de la biologie, doivent notamment ĂȘtre respectĂ©s - le consentement libre et Ă©clairĂ© de la personne concernĂ©e, selon les modalitĂ©s dĂ©finies par la loi, - lâinterdiction des pratiques eugĂ©niques, notamment celles qui ont pour but la sĂ©lection des personnes, - lâinterdiction de faire du corps humain et de ses parties, en tant que tels, une source de profit, - lâinterdiction du clonage reproductif des ĂȘtres humains. Art. 4. Interdiction de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dĂ©gradants Nul ne peut ĂȘtre soumis Ă la torture, ni Ă des peines ou traitements inhumains ou dĂ©gradants. Art. 5. Interdiction de lâesclavage et du travail forcĂ© 1. Nul ne peut ĂȘtre tenu en esclavage ni en servitude. 2. Nul ne peut ĂȘtre astreint Ă accomplir un travail forcĂ© ou obligatoire. 3. La traite des ĂȘtres humains est interdite. CHAPITRE II - LIBERTĂS Art. 6. Droit Ă la libertĂ© et Ă la sĂ»retĂ© Toute personne a droit Ă la libertĂ© et Ă la sĂ»retĂ©. Art. 7. Respect de la vie privĂ©e et familiale Toute personne a droit au respect de sa vie privĂ©e et familiale, de son domicile et de ses communications. Art. 8. Protection des donnĂ©es Ă caractĂšre personnel 1. Toute personne a droit Ă la protection des donnĂ©es Ă caractĂšre personnel la concernant. 2. Ces donnĂ©es doivent ĂȘtre traitĂ©es loyalement, Ă des fins dĂ©terminĂ©es et sur la base du consentement de la personne concernĂ©e ou en vertu dâun autre fondement lĂ©gitime prĂ©vu par la loi. Toute personne a le droit dâaccĂ©der aux donnĂ©es collectĂ©es la concernant et dâen obtenir la rectification. 3. Le respect de ces rĂšgles est soumis au contrĂŽle dâune autoritĂ© indĂ©pendante. Art. 9. Droit de se marier et droit de fonder une famille Le droit de se marier et le droit de fonder une famille sont garantis selon les lois nationales qui en rĂ©gissent lâexercice. Art. 10. LibertĂ© de pensĂ©e, de conscience et de religion 1. Toute personne a droit Ă la libertĂ© de pensĂ©e, de conscience et de religion. Ce droit implique la libertĂ© de changer de religion ou de conviction, ainsi que la libertĂ© de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privĂ©, par le culte, lâenseignement, les pratiques et lâaccomplissement des rites. 2. Le droit Ă lâobjection de conscience est reconnu selon les lois nationales qui en rĂ©gissent lâexercice. Art. 11. LibertĂ© dâexpression et dâinformation 1. Toute personne a droit Ă la libertĂ© dâexpression. Ce droit comprend la libertĂ© dâopinion et la libertĂ© de recevoir ou de communiquer des informations ou des idĂ©es sans quâil puisse y avoir ingĂ©rence dâautoritĂ©s publiques et sans considĂ©ration de frontiĂšres. 2. La libertĂ© des mĂ©dias et leur pluralisme sont respectĂ©s. Art. 12. LibertĂ© de rĂ©union et dâassociation 1. Toute personne a droit Ă la libertĂ© de rĂ©union pacifique et Ă la libertĂ© dâassociation Ă tous les niveaux, notamment dans les domaines politique, syndical et civique, ce qui implique le droit de toute personne de fonder avec dâautres des syndicats et de sây affilier pour la dĂ©fense de ses intĂ©rĂȘts. 2. Les partis politiques au niveau de lâUnion contribuent Ă lâexpression de la volontĂ© politique des citoyens ou citoyennes de lâUnion. Art. 13. LibertĂ© des arts et des sciences Les arts et la recherche scientifique sont libres. La libertĂ© acadĂ©mique est respectĂ©e. Art. 14. Droit Ă lâĂ©ducation 1. Toute personne a droit Ă lâĂ©ducation, ainsi quâĂ lâaccĂšs Ă la formation professionnelle et continue. 2. Ce droit comporte la facultĂ© de suivre gratuitement lâenseignement obligatoire. 3. La libertĂ© de crĂ©er des Ă©tablissements dâenseignement dans le respect des principes dĂ©mocratiques, ainsi que le droit des parents dâassurer lâĂ©ducation et lâenseignement de leurs enfants conformĂ©ment Ă leurs convictions religieuses, philosophiques et pĂ©dagogiques, sont respectĂ©s selon les lois nationales qui en rĂ©gissent lâexercice. Art. 15. LibertĂ© professionnelle et droit de travailler 1. Toute personne a le droit de travailler et dâexercer une profession librement choisie ou acceptĂ©e. 2. Tout citoyen ou toute citoyenne de lâUnion a la libertĂ© de chercher un emploi, de travailler, de sâĂ©tablir ou de fournir des services dans tout Ătat membre. 3. Les ressortissants des pays tiers qui sont autorisĂ©s Ă travailler sur le territoire des Ătats membres ont droit Ă des conditions de travail Ă©quivalentes Ă celles dont bĂ©nĂ©ficient les citoyens ou citoyennes de lâUnion. Art. 16. LibertĂ© dâentreprise La libertĂ© dâentreprise est reconnue conformĂ©ment au droit communautaire et aux lĂ©gislations et pratiques nationales. Art 17. Droit de propriĂ©tĂ© 1. Toute personne a le droit de jouir de la propriĂ©tĂ© des biens quâelle a acquis lĂ©galement, de les utiliser, dâen disposer et de les lĂ©guer. Nul ne peut ĂȘtre privĂ© de sa propriĂ©tĂ©, si ce nâest pour cause dâutilitĂ© publique, dans des cas et conditions prĂ©vus par une loi et moyennant en temps utile une juste indemnitĂ© pour sa perte. Lâusage des biens peut ĂȘtre rĂ©glementĂ© par la loi dans la mesure nĂ©cessaire Ă lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. 2. La propriĂ©tĂ© intellectuelle est protĂ©gĂ©e. Art 18. Droit dâasile Le droit dâasile est garanti dans le respect des rĂšgles de la convention de GenĂšve du 28 juillet 1951 et du protocole du 31 janvier 1967 relatifs au statut des rĂ©fugiĂ©s et conformĂ©ment au traitĂ© instituant la CommunautĂ© europĂ©enne. Art. 19. Protection en cas dâĂ©loignement, dâexpulsion et dâextradition 1. Les expulsions collectives sont interdites. 2. Nul ne peut ĂȘtre Ă©loignĂ©, expulsĂ© ou extradĂ© vers un Ătat oĂč il existe un risque sĂ©rieux quâil soit soumis Ă la peine de mort, Ă la torture ou Ă dâautres peines ou traitements inhumains ou dĂ©gradants. CHAPITRE III - ĂGALITĂ Art. 20. Ă©galitĂ© en droit Toutes les personnes sont Ă©gales en droit. Art 21. Non-discrimination 1. Est interdite, toute discrimination fondĂ©e notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractĂ©ristiques gĂ©nĂ©tiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, lâappartenance Ă une minoritĂ© nationale, la fortune, la naissance, un handicap, lâĂąge ou lâorientation sexuelle. 2. Dans le domaine dâapplication du traitĂ© instituant la CommunautĂ© europĂ©enne et du traitĂ© sur lâUnion europĂ©enne, et sans prĂ©judice des dispositions particuliĂšres desdits traitĂ©s, toute discrimination fondĂ©e sur la nationalitĂ© est interdite. Art. 22. DiversitĂ© culturelle, religieuse et linguistique LâUnion respecte la diversitĂ© culturelle, religieuse et linguistique. Art. 23. Ă©galitĂ© entre hommes et femmes LâĂ©galitĂ© entre les hommes et les femmes doit ĂȘtre assurĂ©e dans tous les domaines, y compris en matiĂšre dâemploi, de travail et de rĂ©munĂ©ration. Le principe de lâĂ©galitĂ© nâempĂȘche pas le maintien ou lâadoption de mesures prĂ©voyant des avantages spĂ©cifiques en faveur du sexe sous-reprĂ©sentĂ©. Art. 24. Droits de lâenfant 1. Les enfants ont droit Ă la protection et aux soins nĂ©cessaires Ă leur bien-ĂȘtre. Ils peuvent exprimer leur opinion librement. Celle-ci est prise en considĂ©ration pour les sujets qui les concernent, en fonction de leur Ăąge et de leur maturitĂ©. 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, quâils soient accomplis par des autoritĂ©s publiques ou des institutions privĂ©es, lâintĂ©rĂȘt supĂ©rieur de lâenfant doit ĂȘtre une considĂ©ration primordiale. 3. Tout enfant a le droit dâentretenir rĂ©guliĂšrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire Ă son intĂ©rĂȘt. Art. 25. Droits des personnes ĂągĂ©es LâUnion reconnaĂźt et respecte le droit des personnes ĂągĂ©es Ă mener une vie digne et indĂ©pendante et Ă participer Ă la vie sociale et culturelle. Art. 26. IntĂ©gration des personnes handicapĂ©es LâUnion reconnaĂźt et respecte le droit des personnes handicapĂ©es Ă bĂ©nĂ©ficier de mesures visant Ă assurer leur autonomie, leur intĂ©gration sociale et professionnelle et leur participation Ă la vie de la communautĂ©. CHAPITRE IV - SOLIDARITĂ Art. 27. Droit Ă lâinformation et Ă la consultation des travailleurs au sein de lâentreprise Les travailleurs ou leurs reprĂ©sentants doivent se voir garantir, aux niveaux appropriĂ©s, une information et une consultation en temps utile, dans les cas et conditions prĂ©vus par le droit communautaire et les lĂ©gislations et pratiques nationales. Art. 28. Droit de nĂ©gociation et dâactions collectives Les travailleurs et les employeurs, ou leurs organisations respectives, ont, conformĂ©ment au droit communautaire et aux lĂ©gislations et pratiques nationales, le droit de nĂ©gocier et de conclure des conventions collectives aux niveaux appropriĂ©s et de recourir, en cas de conflits dâintĂ©rĂȘts, Ă des actions collectives pour la dĂ©fense de leurs intĂ©rĂȘts, y compris la grĂšve. Article 29. Droit dâaccĂšs aux services de placement Toute personne a le droit dâaccĂ©der Ă un service gratuit de placement. Art. 30. Protection en cas de licenciement injustifiĂ© Tout travailleur a droit Ă une protection contre tout licenciement injustifiĂ©, conformĂ©ment au droit communautaire et aux lĂ©gislations et pratiques nationales. Art. 31. Conditions de travail justes et Ă©quitables 1. Tout travailleur a droit Ă des conditions de travail qui respectent sa santĂ©, sa sĂ©curitĂ© et sa dignitĂ©. 2. Tout travailleur a droit Ă une limitation de la durĂ©e maximale du travail et Ă des pĂ©riodes de repos journalier et hebdomadaire, ainsi quâĂ une pĂ©riode annuelle de congĂ©s payĂ©s. Art. 32. Interdiction du travail des enfants et protection des jeunes au travail Le travail des enfants est interdit. LâĂąge minimal dâadmission au travail ne peut ĂȘtre infĂ©rieur Ă lâĂąge auquel cesse la pĂ©riode de scolaritĂ© obligatoire, sans prĂ©judice des rĂšgles plus favorables aux jeunes et sauf dĂ©rogations limitĂ©es. Les jeunes admis au travail doivent bĂ©nĂ©ficier de conditions de travail adaptĂ©es Ă leur Ăąge et ĂȘtre protĂ©gĂ©s contre lâexploitation Ă©conomique ou contre tout travail susceptible de nuire Ă leur sĂ©curitĂ©, Ă leur santĂ©, Ă leur dĂ©veloppement physique, mental, moral ou social ou de compromettre leur Ă©ducation. Art. 33. Vie familiale et vie professionnelle 1. La protection de la famille est assurĂ©e sur le plan juridique, Ă©conomique et social. 2. Afin de pouvoir concilier vie familiale et vie professionnelle, toute personne a le droit dâĂȘtre protĂ©gĂ©e contre tout licenciement pour un motif liĂ© Ă la maternitĂ©, ainsi que le droit Ă un congĂ© de maternitĂ© payĂ© et Ă un congĂ© parental Ă la suite de la naissance ou de lâadoption dâun enfant. Art. 34. SĂ©curitĂ© sociale et aide sociale 1. LâUnion reconnaĂźt et respecte le droit dâaccĂšs aux prestations de sĂ©curitĂ© sociale et aux services sociaux assurant une protection dans des cas tels que la maternitĂ©, la maladie, les accidents du travail, la dĂ©pendance ou la vieillesse, ainsi quâen cas de perte dâemploi, selon les modalitĂ©s Ă©tablies par le droit communautaire et les lĂ©gislations et pratiques nationales. 2. Toute personne qui rĂ©side et se dĂ©place lĂ©galement Ă lâintĂ©rieur de lâUnion a droit aux prestations de sĂ©curitĂ© sociale et aux avantages sociaux, conformĂ©ment au droit communautaire et aux lĂ©gislations et pratiques nationales. 3. Afin de lutter contre lâexclusion sociale et la pauvretĂ©, lâUnion reconnaĂźt et respecte le droit Ă une aide sociale et Ă une aide au logement destinĂ©es Ă assurer une existence digne Ă tous ceux qui ne disposent pas de ressources suffisantes, selon les modalitĂ©s Ă©tablies par le droit communautaire et les lĂ©gislations et pratiques nationales. Art. 35. Protection de la santĂ© Toute personne a le droit dâaccĂ©der Ă la prĂ©vention en matiĂšre de santĂ© et de bĂ©nĂ©ficier de soins mĂ©dicaux dans les conditions Ă©tablies par les lĂ©gislations et pratiques nationales. Un niveau Ă©levĂ© de protection de la santĂ© humaine est assurĂ© dans la dĂ©finition et la mise en Ćuvre de toutes les politiques et actions de lâUnion. Art. 36. AccĂšs aux services dâintĂ©rĂȘt Ă©conomique gĂ©nĂ©ral LâUnion reconnaĂźt et respecte lâaccĂšs aux services dâintĂ©rĂȘt Ă©conomique gĂ©nĂ©ral tel quâil est prĂ©vu par les lĂ©gislations et pratiques nationales, conformĂ©ment au traitĂ© instituant la CommunautĂ© europĂ©enne, afin de promouvoir la cohĂ©sion sociale et territoriale de lâUnion. Art. 37. Protection de lâenvironnement Un niveau Ă©levĂ© de protection de lâenvironnement et lâamĂ©lioration de sa qualitĂ© doivent ĂȘtre intĂ©grĂ©s dans les politiques de lâUnion et assurĂ©s conformĂ©ment au principe du dĂ©veloppement durable. Art. 38. Protection des consommateurs Un niveau Ă©levĂ© de protection des consommateurs est assurĂ© dans les politiques de lâUnion. CHAPITRE V - CITOYENNETĂ Art. 39. Droit de vote et dâĂ©ligibilitĂ© aux Ă©lections au Parlement europĂ©en 1. Tout citoyen ou toute citoyenne de lâUnion a le droit de vote et dâĂ©ligibilitĂ© aux Ă©lections au Parlement europĂ©en dans lâĂtat membre oĂč il ou elle rĂ©side, dans les mĂȘmes conditions que les ressortissants de cet Ătat. 2. Les membres du Parlement europĂ©en sont Ă©lus au suffrage universel direct, libre et secret. Art. 40. Droit de vote et dâĂ©ligibilitĂ© aux Ălections municipales Tout citoyen ou toute citoyenne de lâUnion a le droit de vote et dâĂ©ligibilitĂ© aux Ă©lections municipales dans lâĂtat membre oĂč il ou elle rĂ©side, dans les mĂȘmes conditions que les ressortissants de cet Ătat. Art. 41. Droit Ă une bonne administration 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitĂ©es impartialement, Ă©quitablement et dans un dĂ©lai raisonnable par les institutions et organes de lâUnion. 2. Ce droit comporte notamment - le droit de toute personne dâĂȘtre entendue avant quâune mesure individuelle qui lâaffecterait dĂfavorablement ne soit prise Ă son encontre ; - le droit dâaccĂšs de toute personne au dossier qui la concerne, dans le respect des intĂ©rĂȘts lĂ©gitimes de la confidentialitĂ© et du secret professionnel et des affaires ; - lâobligation pour lâadministration de motiver ses dĂ©cisions. 3. Toute personne a droit Ă la rĂ©paration par la CommunautĂ© des dommages causĂ©s par les institutions, ou par leurs agents dans lâexercice de leurs fonctions, conformĂ©ment aux principes gĂ©nĂ©raux communs aux droits des Ătats membres. 4. Toute personne peut sâadresser aux institutions de lâUnion dans une des langues des traitĂ©s et doit recevoir une rĂ©ponse dans la mĂȘme langue. Art. 42. Droit dâaccĂšs aux documents Tout citoyen ou toute citoyenne de lâUnion ou toute personne physique ou morale rĂ©sidant ou ayant son siĂšge statutaire dans un Ătat membre a un droit dâaccĂšs aux documents du Parlement europĂ©en, du Conseil et de la Commission. Art. 43. MĂ©diateur Tout citoyen ou toute citoyenne de lâUnion ou toute personne physique ou morale rĂ©sidant ou ayant son siĂšge statutaire dans un Ătat membre a le droit de saisir le mĂ©diateur de lâUnion en cas de mauvaise administration dans lâaction des institutions ou organes communautaires, Ă lâexclusion de la Cour de justice et du Tribunal de premiĂšre instance dans lâexercice de leurs fonctions juridictionnelles. Art 44. Droit de pĂ©tition Tout citoyen ou toute citoyenne de lâUnion ou toute personne physique ou morale rĂ©sidant ou ayant son siĂšge statutaire dans un Ătat membre a le droit de pĂ©tition devant le Parlement europĂ©en. Art. 45. LibertĂ© de circulation et de sĂ©jour 1. Tout citoyen ou toute citoyenne de lâUnion a le droit de circuler et de sĂ©journer librement sur le territoire des Ătats membres. 2. La libertĂ© de circulation et de sĂ©jour peut ĂȘtre accordĂ©e, conformĂ©ment au traitĂ© instituant la CommunautĂ© europĂ©enne, aux ressortissants de pays tiers rĂ©sidant lĂ©galement sur le territoire dâun Ătat membre. Art. 46. Protection diplomatique et consulaire Tout citoyen de lâUnion bĂ©nĂ©ficie, sur le territoire dâun pays tiers oĂč lâĂtat membre dont il est ressortissant nâest pas reprĂ©sentĂ©, de la protection des autoritĂ©s diplomatiques et consulaires de tout Ătat membre dans les mĂȘmes conditions que les nationaux de cet Ătat. CHAPITRE VI - JUSTICE Art. 47. Droit Ă un recours effectif et Ă accĂ©der Ă un tribunal impartial Toute personne dont les droits et libertĂ©s garantis par le droit de lâUnion ont Ă©tĂ© violĂ©s a droit Ă un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prĂ©vues au prĂ©sent article. Toute personne a droit Ă ce que sa cause soit entendue Ă©quitablement, publiquement et dans un dĂ©lai raisonnable par un tribunal indĂ©pendant et impartial, Ă©tabli prĂ©alablement par la loi. Toute personne a la possibilitĂ© de se faire conseiller, dĂ©fendre et reprĂ©senter. Une aide juridictionnelle est accordĂ©e Ă ceux qui ne disposent pas de ressources suffisantes, dans la mesure oĂč cette aide serait nĂ©cessaire pour assurer lâeffectivitĂ© de lâaccĂšs Ă la justice. Art. 48. PrĂ©somption dâinnocence et droits de la dĂ©fense 1. Tout accusĂ© est prĂ©sumĂ© innocent jusquâĂ ce que sa culpabilitĂ© ait Ă©tĂ© lĂ©galement Ă©tablie. 2. Le respect des droits de la dĂ©fense est garanti Ă tout accusĂ©. Art. 49. Principes de lĂ©galitĂ© et de proportionnalitĂ© des dĂ©lits et des peines 1. Nul ne peut ĂȘtre condamnĂ© pour une action ou une omission qui, au moment oĂč elle a Ă©tĂ© commise, ne constituait pas une infraction dâaprĂšs le droit national ou le droit international. De mĂȘme, il nâest infligĂ© aucune peine plus forte que celle qui Ă©tait applicable au moment oĂč lâinfraction a Ă©tĂ© commise. Si, postĂ©rieurement Ă cette infraction, la loi prĂ©voit une peine plus lĂ©gĂšre, celle-ci doit ĂȘtre appliquĂ©e. 2. Le prĂ©sent article ne porte pas atteinte au jugement et Ă la punition dâune personne coupable dâune action ou dâune omission qui, au moment oĂč elle a Ă©tĂ© commise, Ă©tait criminelle dâaprĂšs les principes gĂ©nĂ©raux reconnus par lâensemble des nations. 3. LâintensitĂ© des peines ne doit pas ĂȘtre disproportionnĂ©e par rapport Ă lâinfraction. Art. 50. Droit Ă ne pas ĂȘtre jugĂ© ou puni pĂ©nalement deux fois pour une mĂȘme infraction Nul ne peut ĂȘtre poursuivi ou puni pĂ©nalement en raison dâune infraction pour laquelle il a dĂ©jĂ Ă©tĂ© acquittĂ© ou condamnĂ© dans lâUnion par un jugement pĂ©nal dĂ©finitif conformĂ©ment Ă la loi. CHAPITRE VII - DISPOSITIONS GĂNĂRALES Art 51. Champ dâapplication 1. Les dispositions de la prĂ©sente Charte sâadressent aux institutions et organes de lâUnion dans le respect du principe de subsidiaritĂ©, ainsi quâaux Ătats membres uniquement lorsquâils mettent en Ćuvre le droit de lâUnion. En consĂ©quence, ils respectent les droits, observent les principes et en promeuvent lâapplication, conformĂ©ment Ă leurs compĂ©tences respectives. 2. La prĂ©sente Charte ne crĂ©e aucune compĂ©tence ni aucune tĂąche nouvelles pour la CommunautĂ© et pour lâUnion et ne modifie pas les compĂ©tences et tĂąches dĂ©finies par les traitĂ©s. Art. 52. PortĂ©e des droits garantis 1. Toute limitation de lâexercice des droits et libertĂ©s reconnus par la prĂ©sente Charte doit ĂȘtre prĂ©vue par la loi et respecter le contenu essentiel desdits droits et libertĂ©s. Dans le respect du principe de proportionnalitĂ©, des limitations ne peuvent ĂȘtre apportĂ©es que si elles sont nĂ©cessaires et rĂ©pondent effectivement Ă des objectifs dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral reconnus par lâUnion ou au besoin de protection des droits et libertĂ©s dâautrui. 2. Les droits reconnus par la prĂ©sente Charte qui trouvent leur fondement dans les traitĂ©s communautaires ou dans le traitĂ© sur lâUnion europĂ©enne sâexercent dans les conditions et limites dĂ©finies par ceux-ci. 3. Dans la mesure oĂč la prĂ©sente Charte contient des droits correspondant Ă des droits garantis par la Convention europĂ©enne de sauvegarde des droits de lâhomme et des libertĂ©s fondamentales, leur sens et leur portĂ©e sont les mĂȘmes que ceux que leur confĂšre ladite convention. Cette disposition ne fait pas obstacle Ă ce que le droit de lâUnion accorde une protection plus Ă©tendue. Art. 53. Niveau de protection Aucune disposition de la prĂ©sente Charte ne doit ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme limitant ou portant atteinte aux droits de lâhomme et libertĂ©s fondamentales reconnus, dans leur champ dâapplication respectif, par le droit de lâUnion, le droit international et les conventions internationales auxquelles sont parties lâUnion, la CommunautĂ© ou tous les Ătats membres, et notamment la Convention europĂ©enne de sauvegarde des droits de lâhomme et des libertĂ©s fondamentales, ainsi que par les constitutions des Ătats membres. Art. 54. Interdiction de lâabus de droit Aucune des dispositions de la prĂ©sente Charte ne doit ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme impliquant un droit quelconque de se livrer Ă une activitĂ© ou dâaccomplir un acte visant Ă la destruction des droits ou libertĂ©s reconnus dans la prĂ©sente Charte ou Ă des limitations plus amples des droits et libertĂ©s que celles qui sont prĂ©vues par la prĂ©sente Charte. Lesparagraphes et 6 de l'article 52 dans la version de la Charte du 12 dĂ©cembre 2007 constituent des ajouts par rapport Ă la version de 2000. Le paragraphe 4 vise Ă assurer une interprĂ©tation des droits reconnus par la charte, mais dĂ©coulant des traditions constitutionnelles communes aux Ătats membres conformĂ©ment auxdites Cecilia RizcallahSĂ©bastien Van DrooghenbroeckThis PaperA short summary of this paper37 Full PDFs related to this paperDownloadPDF Pack Introduction Le droit europĂ©en du temps de travail a pour finalitĂ© la prĂ©servation de la santĂ© et de la sĂ©curitĂ© des travailleurs. Cette finalitĂ© guide la Cour de justice de lâUnion europĂ©enne dans son interprĂ©tation tĂ©lĂ©ologique des textes de lâUnion. 1 Ces textes sont notamment ici la Charte des droits fondamentaux de l Intervention lors du Colloque organisĂ© par lâOrdre des avocats au Conseil dâĂtat et Ă la Cour de cassation et par la SociĂ©tĂ© de lĂ©gislation comparĂ©e Lien Ă reprendre > tĂ©lĂ©charger au format pdfColloque organisĂ© par lâOrdre des avocats au Conseil dâĂtat et Ă la Cour de cassation et par la SociĂ©tĂ© de lĂ©gislation comparĂ©ePremiĂšre table ronde la Charte, son champ dâapplicationConseil dâĂtat, jeudi 20 novembre 2014Intervention de Jean-Marc SauvĂ© [1], vice-prĂ©sident du Conseil dâĂtatMonsieur le prĂ©sident de la Cour de justice de lâUnion europĂ©enne,Madame le professeur,Chers collĂšgues,GrĂące Ă la Charte des droits fondamentaux, incorporĂ©e dans le droit primaire de lâUnion europĂ©enne et juridiquement opposable le 1er dĂ©cembre 2009, lâUnion est entrĂ©e dans la noble cohorte des ensembles institutionnels dotĂ©s dâune charte de droits »[2]. Comme le relevait ainsi le prĂ©sident Guy Braibant, lâun de ses auteurs, la Charte contribue Ă lâaffermissement au sein de lâUnion dâun systĂšme commun de protection des droits fondamentaux, alors que se sont densifiĂ©es et diversifiĂ©es les compĂ©tences dĂ©volues par les Ătats membres aux institutions europĂ©ennes. La Charte apparaĂźt ainsi comme lâaboutissement dâun processus dâintĂ©gration des droits Ă lâĂ©chelle de lâEurope elle fait fond sur ceux dĂ©jĂ consacrĂ©s ; elle en clarifie le catalogue ; elle en augmente aussi le nombre. Mais ce faisant, la Charte nâa pas entendu opĂ©rer de nouveaux transferts de compĂ©tence tel est lâapparent paradoxe dâun texte qui, sans crĂ©er de nouvelles compĂ©tences matĂ©rielles au bĂ©nĂ©fice de lâUnion, augmente pourtant les droits des citoyens et les obligations corrĂ©latives Ă la charge des institutions europĂ©ennes et des Ătats dĂ©finition du champ dâapplication de la Charte est, dĂšs lors, conditionnĂ©e par cette histoire et ce paradoxe et elle commande le rĂšglement des difficultĂ©s que peut soulever lâapplication concrĂšte de ce texte et qui sont indissociables dâune rĂ©flexion dâensemble sur lâarticulation de la Charte avec les autres standards nationaux et internationaux de la garantie des droits. Je remercie les organisateurs de ce colloque, lâOrdre des avocats au Conseil dâĂtat et Ă la Cour de cassation et la SociĂ©tĂ© de lĂ©gislation comparĂ©e, dâavoir pris lâinitiative dâune telle rĂ©flexion globale. Sont rĂ©unies autour de cette premiĂšre table ronde des personnalitĂ©s Ă©minentes, M. Vassilios Skouris, prĂ©sident de la Cour de justice de lâUnion europĂ©enne, et Mme Pascale Deumier, professeure Ă lâUniversitĂ© de Lyon 3. Avant de leur laisser la parole, je souhaiterais revenir sur lâinterprĂ©tation extensive du champ dâapplication de la Charte, qui a Ă©tĂ© retenue par la Cour de justice, avant de prĂ©ciser les enjeux et les consĂ©quences quâune telle interprĂ©tation fait Le champ dâapplication de la Charte, dĂ©fini Ă son article 51, a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© dâune maniĂšre extensive, afin de garantir, dans le champ dâapplication du droit de lâUnion europĂ©enne, lâunitĂ© et la primautĂ© du systĂšme europĂ©en de protection des droits Les dispositions gĂ©nĂ©rales » de la Charte et, plus prĂ©cisĂ©ment, le premier alinĂ©a de son article 51 dĂ©finissent, selon un double critĂšre organique et matĂ©riel,les conditions dâapplication de la Charte 2. Avant dâexaminer ces deux critĂšres, le cadre gĂ©nĂ©ral dâinterprĂ©tation de la Charte peut ĂȘtre retracĂ© 1.1. Le paragraphe 2 de lâarticle 51 dispose en effet que la Charte ne crĂ©e aucune compĂ©tence, ni aucune tĂąche nouvelles pour la CommunautĂ© et pour lâUnion, et ne modifie pas les compĂ©tences et les tĂąches dĂ©finies par les traitĂ©s. » Le second alinĂ©a du paragraphe 1 de lâarticle 6 du TraitĂ© sur lâUnion europĂ©enne rĂ©itĂšre ce cadre gĂ©nĂ©ral dâapplication et dâinterprĂ©tation Les dispositions de la Charte nâĂ©tendent en aucune maniĂšre les compĂ©tences de lâUnion telles que dĂ©finies dans les traitĂ©s ». En effet, si la Charte appartient pleinement au droit primaire de lâUnion, elle ne prend pas position sur le champ des compĂ©tences matĂ©rielles attribuĂ©es Ă lâUnion, et rĂšgle seulement la maniĂšre dont celles-ci doivent ĂȘtre exercĂ©es. DĂšs lors, son champ dâapplication ne saurait excĂ©der le domaine rĂ©gi par le droit de lâUnion europĂ©enne, tel quâil a Ă©tĂ© fixĂ© par les autres traitĂ©s de droit primaire. Comme elle lâa elle-mĂȘme rappelĂ©, la Cour [de justice de lâUnion europĂ©enne] est appelĂ©e Ă interprĂ©ter, Ă la lumiĂšre de la Charte, le droit de lâUnion dans les limites des compĂ©tences attribuĂ©es Ă celle-ci »[3] et lorsquâune situation juridique ne relĂšve pas du champ dâapplication du droit de lâUnion, la Cour [ne se reconnaĂźt pas] compĂ©tente pour en connaĂźtre »[4].Il en rĂ©sulte que les droits garantis par la Charte ne sâappliquent Ă une situation que par le soutien dâune disposition-tutrice relevant dâun autre pan du droit de lâUnion europĂ©enne. Le raisonnement que commande lâarticle 51 se dĂ©compose en deux temps il sâagit dâabord de dĂ©terminer si le droit invoquĂ© par le requĂ©rant appartient ou non au catalogue des droits directement invocables de la Charte, puis de vĂ©rifier si la situation litigieuse est rĂ©gie, directement ou indirectement, par une disposition du droit de lâUnion autre que celles de la Charte. Comme lâa soulignĂ© nettement la Cour, les dispositions Ă©ventuellement invoquĂ©es de la Charte ne sauraient, Ă elles seules, fonder [sa] compĂ©tence »[5]. Ce double degrĂ© dâopĂ©rance dâun moyen tirĂ© la mĂ©connaissance de la Charte est cependant dâun maniement parfois Le paragraphe 1 de lâarticle 51 pose en effet un double critĂšre, organique et matĂ©riel, pour dĂ©terminer lâapplicabilitĂ© de la Charte. Cette derniĂšre sâadresse en effet tant aux institutions, organes et organismes de lâUnion » quâaux Ătats membres et Ă leurs autoritĂ©s nationales et locales. Dans le premier cas, le critĂšre organique se suffit Ă lui-mĂȘme la Charte sâadresse aux organes de lâUnion dans le champ des compĂ©tences qui leur sont attribuĂ©es dans le respect du principe de subsidiaritĂ© ». Dans le second cas, le critĂšre organique est nĂ©cessaire, mais non suffisant la Charte sâadresse aux Ătats membres uniquement lorsquâils mettent en Ćuvre le droit de lâUnion ». Cette formulation, comme lâindiquent les explications de la Convention chargĂ©e de lâĂ©laboration de la Charte, a Ă©tĂ© empruntĂ©e Ă la jurisprudence de la Cour de Justice relative au champ dâapplication des principes gĂ©nĂ©raux du droit de lâUnion, notamment Ă un arrĂȘt du 13 avril 2000, Karlsson[6] les exigences dĂ©coulant de la protection des droits fondamentaux dans lâordre juridique communautaire lient ⊠les Ătats membres lorsquâils mettent en Ćuvre des rĂ©glementations communautaires ». Une telle formulation a Ă©tĂ© prĂ©fĂ©rĂ©e, non sans hĂ©sitation comme en a tĂ©moignĂ© le prĂ©sident Guy Braibant[7], Ă dâautres en apparence plus larges, comme celles-ci dans le cadre du droit communautaire »[8] ou dans le champ dâapplication du droit communautaire »[9].Le paragraphe 1 de lâarticle 51 vise, en premier lieu, les situations rĂ©gies par des actes de droit interne, prĂ©cisant les conditions dâapplication directe dâun rĂšglement ou transposant les dispositions dâune directive de lâUnion. Dans ce dernier cas, la seule circonstance que les Ătats membres disposent dâune marge dâapprĂ©ciation, plus ou moins Ă©tendue, pour procĂ©der Ă la transposition dâune directive europĂ©enne, ne permet pas dâĂ©carter lâapplication de la Charte. Câest ce quâa rappelĂ© le Conseil dâĂtat[10], lorsquâa Ă©tĂ© invoquĂ©e devant lui la mĂ©connaissance de lâarticle 41 de la Charte par la loi du 16 juin 2011 relative Ă lâimmigration, Ă lâintĂ©gration et Ă la nationalitĂ©, adoptĂ©e pour la transposition de la directive dite retour »[11].En deuxiĂšme lieu, lâarticle 51, tel quâinterprĂ©tĂ© par la Cour de justice, vise les situations rĂ©gies par des actes de droit interne qui, sans transposer une directive de lâUnion, entrent dans son champ dâapplication. Ainsi, par exemple, une rĂ©glementation nationale relative au calcul du prĂ©avis de licenciement doit ĂȘtre tenue pour un acte de mise en Ćuvre du droit de lâUnion, dĂšs lâexpiration du dĂ©lai de transposition de la directive 2000/78[12] qui rĂ©git les conditions de licenciement, alors mĂȘme que celle-ci nâavait pas Ă©tĂ© transposĂ©e par lâĂtat en cause Ă la date Ă laquelle a statuĂ© la Cour[13]. LâapplicabilitĂ© de la Charte dĂ©pend ainsi dâune analyse non finaliste de la portĂ©e des actes de droit interne quâils visent ou non la transposition dâune directive ou lâapplication dâun rĂšglement, quâils y procĂšdent correctement ou imparfaitement, la seule circonstance quâils interviennent dans le champ couvert par le droit de lâUnion suffit Ă ce que la Charte leur soit troisiĂšme lieu, lâarticle 51, tel quâinterprĂ©tĂ© par la Cour, vise les situations rĂ©gies par un acte de droit interne par lequel un Ătat membre dĂ©cide de dĂ©roger au droit de lâUnion. Ainsi, lorsquâun Ătat traite une demande dâasile, alors quâil nâest pas lâ Ătat responsable » de son examen au sens du paragraphe 1 de lâarticle 3 du rĂšglement Dublin II »[14], il dĂ©roge aux rĂšgles du systĂšme europĂ©en commun de lâasile prĂ©voyant un mĂ©canisme de transfert. Mais il doit ĂȘtre considĂ©rĂ© comme mettant en Ćuvre le droit de lâUnion[15], dĂšs lors que cette dĂ©rogation et le pouvoir dâapprĂ©ciation dont disposent les Ătats membres pour lâutiliser sont rĂ©gis par ce rĂšglement. Ainsi entendu, le champ dâapplication de la Charte couvre le domaine que le droit matĂ©riel de lâUnion rĂ©git, mais aussi celui quâil entend ne pas rĂ©gir[16], quel que soit le degrĂ© dâautonomie procĂ©durale qui est reconnu aux Ătats Cette conception fonctionnelle du champ dâapplication de la Charte a Ă©tĂ© pleinement consacrĂ©e et mĂȘme Ă©tendue par lâarrĂȘt du 26 fĂ©vrier 2013, Akerberg Fransson. Si le droit invoquĂ© de nâĂȘtre pas puni pĂ©nalement deux fois pour des mĂȘmes faits, dit principe non bis in idem, est protĂ©gĂ© par lâarticle 50 de la Charte, la question sâest posĂ©e de savoir si les sanctions infligĂ©es devaient ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme une mise en Ćuvre du droit de lâUnion » au sens de lâarticle 51, avant mĂȘme de se prononcer sur leur caractĂšre effectivement pĂ©nal. La question Ă©tait dâautant plus dĂ©licate que la lĂ©gislation pĂ©nale en cause â la Skattebrottslagen â ne visait pas Ă sanctionner exclusivement une mĂ©connaissance des obligations dĂ©claratives en matiĂšre de TVA. Comme lâa relevĂ© lâavocat gĂ©nĂ©ral P. Cruz VillalĂłn dans ses conclusions, cette lĂ©gislation existe en droit suĂ©dois tout Ă fait indĂ©pendamment de la perception de la TVA », de sorte que la prĂ©sente affaire de sanction ⊠apparaĂźt comme une simple occasio »[17], câest-Ă -dire un cas dâapplication contingente de cette lĂ©gislation. Selon son avis, il serait disproportionnĂ© de tirer de cette occasio une raison de modifier la rĂ©partition de la responsabilitĂ© de garantir les droits fondamentaux entre lâUnion et les Ătats. ⊠En dĂ©finitive, il semble risquĂ© dâaffirmer ⊠que le lĂ©gislateur [europĂ©en] avait anticipĂ© un transfert des Ătats vers lâUnion de toutes les garanties constitutionnelles entourant lâexercice du pouvoir de sanction des Ătats en matiĂšre de perception de la TVA »[18].CohĂ©rente avec sa jurisprudence antĂ©rieure, la Cour nâa pas suivi ce raisonnement[19]. Selon la Cour, le fait que les rĂ©glementations nationales qui servent de fondement aux sanctions fiscales et aux poursuites pĂ©nales litigieuses nâaient pas Ă©tĂ© adoptĂ©es pour transposer la directive du 28 novembre 2006 relative au systĂšme commun de TVA[20] ne saurait ĂȘtre de nature Ă remettre en cause lâapplication de la Charte. En effet, ces pĂ©nalitĂ©s tend[ent] Ă sanctionner une violation ⊠de ladite directive et vise[nt] donc Ă mettre en Ćuvre lâobligation imposĂ©e par le traitĂ© aux Ătats membres de sanctionner de maniĂšre effective les comportements attentatoires aux intĂ©rĂȘts financiers de lâUnion »[21]. Poussant jusquâĂ son terme son analyse fonctionnelle ou non finaliste, la Cour explicite un mode dâemploi gĂ©nĂ©ral les droits fondamentaux garantis par la Charte [doivent] ⊠ĂȘtre respectĂ©s lorsquâune rĂ©glementation nationale entre dans le champ dâapplication du droit de lâUnion »[22]. Cette formulation plus large permet, dâune part, dâharmoniser le champ dâapplication de la Charte avec celui des principes gĂ©nĂ©raux du droit, sous certaines rĂ©serves cependant[23], et, dâautre part, de ne pas moduler le degrĂ© de protection des droits fondamentaux selon le degrĂ© dâautonomie reconnu aux Ătats membres. Comme lâa relevĂ© la doctrine en France, ConsidĂ©rer ⊠lâarticle 51 § 1er de la Charte comme une invitation Ă reconsidĂ©rer de maniĂšre gĂ©nĂ©rale lâapplicabilitĂ© des droits fondamentaux de lâUnion Ă lâaction des Ătats membres eĂ»t conduit Ă ce que le jour oĂč lâUnion sâest dotĂ©e dâune dĂ©claration des droits, elle signĂąt paradoxalement un recul de leur protection »[24].Au terme de cette Ă©volution jurisprudentielle, le champ dâapplication de la Charte sâest simplifiĂ© en sâĂ©tendant. Il se rĂ©sume dĂ©sormais en cette phrase LâapplicabilitĂ© du droit de lâUnion implique celle des droits fondamentaux garantis par la Charte »[25]. Pour autant, cette formule simple et claire ne saurait dissimuler les difficultĂ©s nouvelles que soulĂšve son application concurrente avec dâautres instruments de protection des droits LâinterprĂ©tation extensive du champ dâapplication de la Charte est appelĂ©e Ă garantir une meilleure protection des droits fondamentaux en Europe, dans le respect des principes de primautĂ© et dâeffectivitĂ© du droit de lâUnion, mais aussi des autres systĂšmes internationaux et des traditions nationales, surtout lorsquâelles revĂȘtent une valeur La premiĂšre condition dâune rĂ©ception fructueuse de la Charte tient dans la poursuite dâun dialogue confiant et soutenu entre juridictions nationales et europĂ©ennes, et dans le refus dâune posture de dĂ©fiance Ă lâĂ©gard de la Cour de justice et, dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, Ă lâencontre de lâunitĂ© et de la primautĂ© du droit de lâUnion Charte, comme en avaient conscience ses rĂ©dacteurs, tĂ©moigne en effet dâune transformation de lâessence mĂȘme de lâEurope »[26], mĂȘme si elle ne crĂ©e pas de nouvelles compĂ©tences dâun ensemble de communautĂ©s Ă©conomiques, elle est devenue une union aux compĂ©tences Ă©largies, au sein de laquelle sont partagĂ©es les mĂȘmes valeurs et garantis des standards communs de protection des droits fondamentaux. Cette transformation requiert Ă lâĂ©vidence une homogĂ©nĂ©isation, mĂȘme minimale, dâun socle de droits Ă lâĂ©chelle continentale, socle Ă prĂ©server de forces potentiellement centrifuges. Dans le domaine des droits fondamentaux, tels que ceux protĂ©gĂ©s par la Charte, des clauses dâ opt out » nâont en principe pas lieu dâĂȘtre. Comme lâa jugĂ© la Cour de justice[27], le protocole n°30 annexĂ© au traitĂ© de Lisbonne nâa pas pour objet dâexonĂ©rer la RĂ©publique de Pologne, ni le Royaume-Uni, de lâobligation de respecter les dispositions de la Charte, ni dâempĂȘcher les juridictions nationales de veiller Ă leur respect. Cette interprĂ©tation est aussi celle de lâEngland and Wales High Court of Justice dans sa dĂ©cision[28] v. Secretary of State for the Home Department du 7 novembre 2013, mĂȘme si des rĂ©ticences politiques ont pu se manifester au sujet de cette convergence[29].Une telle convergence sur le principe mĂȘme de lâapplication de la Charte ne saurait naturellement suffire. Elle doit aussi ĂȘtre recherchĂ©e dans la dĂ©finition du degrĂ© dâamplitude reconnu Ă son application, qui ne peut ĂȘtre que large. LâinterprĂ©tation fonctionnelle de la notion de mise en Ćuvre du droit de lâUnion », au sens de lâarticle 51, ne saurait conduire, comme lâimposent les traitĂ©s et comme le relĂšve la Cour de justice, Ă un Ă©largissement des compĂ©tences de lâUnion subreptice, non concertĂ© et non consenti par les Ătats membres. La Cour constitutionnelle fĂ©dĂ©rale allemande a soulignĂ© avec force lâexistence de ce risque dans son arrĂȘt du 24 avril 2013 Antiterrordatei[30], le Bundesverfassungsgericht Ă©carte toute interprĂ©tation de lâarrĂȘt Akerberg Fransson qui conduirait Ă ce que celle-ci doive ĂȘtre considĂ©rĂ©e manifestement comme un acte ultra vires ou Ă ce quâelle porte atteinte Ă la protection et au respect des droits fondamentaux garantis par un Ătat membre ». Et la Cour allemande dâajouter la dĂ©cision en question ne saurait ĂȘtre interprĂ©tĂ©e ou appliquĂ©e dans un sens qui conduirait Ă ce que tout rapport matĂ©riel dâune rĂ©glementation avec le champ dâapplication abstrait de lâUnion ⊠suffiraient pour que les Ătats membres se trouvent liĂ©s par [la Charte] ». Comme lâa relevĂ© la doctrine, la Cour allemande a sans doute voulu par cette dĂ©cision tracer des lignes rougesâ »[31] et se prĂ©munir contre tout risque de dĂ©construction des garanties nationales par une atteinte au principe de subsidiaritĂ©[32]. Ces craintes doivent naturellement ĂȘtre entendues, mais rien dans la jurisprudence de la Cour de justice ne laisse penser que ce type de risque ou de dĂ©rive soit en cours de rĂ©alisation ou soit mĂȘme envisageable. Dans sa dĂ©cision Akerberg Fransson, la Cour de justice a rappelĂ© avec force que lorsquâune situation juridique ne relĂšve pas du champ dâapplication du droit de lâUnion, la Cour nâest pas compĂ©tente pour en connaĂźtre »[33]. Dans le respect des traitĂ©s, la dĂ©cision Akerberg Fransson rĂ©alise un double gain de simplicitĂ© et de cohĂ©rence simplicitĂ© dâun critĂšre qui fait se superposer le champ dâapplication du droit de lâUnion et le champ dâapplication de la Charte ; cohĂ©rence dâun critĂšre qui fait coĂŻncider[34] le champ dâapplication des principes gĂ©nĂ©raux du droit de lâUnion avec les droits consacrĂ©s par la Charte, les seconds Ă©tant en grande partie une reprise des Les prochaines annĂ©es seront lâoccasion se prĂ©ciser au cas par cas les consĂ©quences de cette interprĂ©tation fonctionnelle de la notion de mise en Ćuvre du droit de lâUnion ». La dĂ©cision Akerberg Franssona en effet engagĂ© un processus complexe de rĂ©-articulation des systĂšmes nationaux et europĂ©ens de protection des droits fondamentaux. En sâĂ©tendant, le champ dâapplication de la Charte vient rencontrer le domaine de la convention europĂ©enne des droits de lâHomme mais aussi celui des protections nationales, en particulier constitutionnelles. Je nâinsisterai pas sur ces points qui feront lâobjet de la deuxiĂšme table ronde de ce colloque. Dans le premier cas, la Charte prĂ©voit elle-mĂȘme un mode dâemploi en son article 52 paragraphe 3. Je me bornerai Ă relever que, par sa dĂ©cision Akerberg Fransson, la Cour de justice a dĂ©veloppĂ© une conception autonome », pour reprendre le terme du prĂ©sident Skouris[35], dâun principe consacrĂ© Ă la fois par la Charte et la Convention europĂ©enne des droits de lâHomme. Sâagissant des cas de chevauchement des domaines de la Charte et des constitutions nationales, la dĂ©cision Melloni a posĂ© les jalons dâune co-application de ces droits rien nâinterdit lâapplication de standards nationaux, dĂšs lors, dâune part, que ceux-ci ne compromettent pas le niveau de protection offert par la Charte, telle quâinterprĂ©tĂ©e par la Cour de justice, et, dâautre part, quâils ne portent pas atteinte aux principes de primautĂ©, dâunitĂ© et dâeffectivitĂ© du droit de lâUnion[36]. Cette situation de co-application, que lâarrĂȘt Akerberg Fransson a rendu possible, est naturellement complexe et dĂ©licate, dĂšs lors que toutes les dispositions de la Charte nâont pas en droit interne valeur constitutionnelle et que, mĂȘme dans ce cas, les marges de manĆuvre des Ătats ne sont pas toujours aisĂ©es Ă dĂ©terminer[37]. Sans doute devront-elles ĂȘtre fixĂ©es de telle sorte que les garanties europĂ©ennes puissent, selon le cas, prĂ©valoir sur les garanties nationales ou sâappliquer de maniĂšre cumulative avec elles, sans provoquer de choc inutile avec les identitĂ©s constitutionnelles nationales ou dĂ©clencher un contrĂŽle national de type Solange » pouvant thĂ©oriquement conduire au rejet des garanties europĂ©ennes au nom des garanties le voyez, si le champ dâapplication de la Charte est dĂ©sormais clarifiĂ©, les questions que soulĂšve sa dĂ©finition extensive appellent encore des prĂ©cisions. Il ne fait toutefois pas de doute que, dans leur application de la Charte, les juridictions nationales sâappuieront sur les lignes jurisprudentielles tracĂ©es par la Cour de justice dans le respect des compĂ©tences qui lui sont dĂ©volues par les traitĂ©s et dans un esprit de coopĂ©ration loyale.[1]Texte Ă©crit en collaboration avec StĂ©phane Eustache, conseiller de tribunal administratif et de cour administrative dâappel, chargĂ© de mission auprĂšs du vice-prĂ©sident du Conseil dâĂtat.[2]Guy Braibant, La Charte des droits fondamentaux de lâUnion europĂ©enne, tĂ©moignage et commentaires de Guy Braibant, Ă©d. Le Seuil, coll. Point Essai, 2001, p. 17.[3]Voir, not. CJUE 15 novembre 2011, Murat Dereci et autres, C-256/11, § 71.[4] CJUE 26 fĂ©vrier 2013, Akerberg Fransson, C-617/10, § 22.[5] CJUE 26 fĂ©vrier 2013, Akerberg Fransson, C-617/10, § 22 ; voir, pour une application par le Conseil dâĂtat CE 4 juillet 2012, ConfĂ©dĂ©ration française pour la promotion sociale des aveugles et des amblyopes, n°341533, §5.[6] CJCE 13 avril 2000, Kjell Karlsson, C-292/97, §37.[7] Guy Braibant, La Charte des droits fondamentaux de lâUnion europĂ©enne, tĂ©moignage et commentaires de Guy Braibant, Ă©d. Le Seuil, coll. Point Essai, 2001, p. 251.[8]CJCE 13 juillet 1989, Hubert Wachauf, C-5/88, §17 ; nb le mĂȘme arrĂȘt utilise aussi la formulation de lâarrĂȘt Karlsson Ces exigences [Ă savoir la protection des droits fondamentaux dans lâordre juridique communautaire] liant Ă©galement les Ătats membres lorsquâils mettent en Ćuvre des rĂ©glementations communautaires, il sâensuit que ceux-ci sont tenus, dans toute la mesure du possible, dâappliquer ces rĂ©glementations dans des conditions qui ne mĂ©connaissent pas lesdites exigences », § 19.[9] CJCE 18 juin 1991, Elliniki Radiophonia Tileorassi Anonimi Etairia ERT AE, C-260/89, §42.[10]CE 4 juin 2014, M. Halifa, n°370515, §4-5.[11]Directive 2008/115/CE du Parlement europĂ©en et du Conseil du 16 dĂ©cembre 2008 relative aux normes et procĂ©dures communes applicables dans les Ătats membres au retour des ressortissants de pays tiers en sĂ©jour irrĂ©gulier.[12]Directive 2000/78/CE du Conseil du 27 novembre 2000 portant crĂ©ation d'un cadre gĂ©nĂ©ral en faveur de l'Ă©galitĂ© de traitement en matiĂšre d'emploi et de travail.[13] CJUE 19 janvier 2010, Seda KĂŒcĂŒkdeveci, C-555/07, § 24-25.[14] RĂšglement CE n° 343/2003 du Conseil du 18 fĂ©vrier 2003 Ă©tablissant les critĂšres et mĂ©canismes de dĂ©termination de l'Ătat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile prĂ©sentĂ©e dans l'un des Ătats membres par un ressortissant d'un pays tiers.[15] CJUE 21 dĂ©cembre 2011, C-411/10 § 64 Ă 68.[16] Voir, sur ce point, K. Lenaerts, The EU Charter of fundamental rights scope of application and methods of interprĂtation », in De Rome Ă Lisbonne, les juridictions de lâUnion europĂ©enne Ă la croisĂ©e des chemins, MĂ©langes en lâhonneur de P. Mengozzi, p. 112 It follows from that as long as a Member State enjoys a discretionary power the exercise of which must comply with other provisions of EU law, that Member State is implementing EU law ». Accordingly, the exercise of that power must be compatible with the Charter ».[17]Conclusion de lâavocat gĂ©nĂ©ral P. Cruz VillalĂłn, § 61-62.[18] Conclusion de lâavocat gĂ©nĂ©ral P. Cruz VillalĂłn, § 63.[19] Les Gouvernements suĂ©dois, tchĂšque, danois, irlandais et nĂ©erlandais, mais aussi la Commission europĂ©enne estimaient que les questions prĂ©judicielles posĂ©es Ă la Cour de justice Ă©taient irrecevables, dĂšs lors que ni les sanctions fiscales, ni les sanctions pĂ©nales litigieuses ne mettaient en Ćuvre le droit de lâUnion europĂ©enne. Voir §16 de lâarrĂȘt.[20] Directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au systĂšme commun de taxe sur la valeur ajoutĂ©e.[21]CJUE 26 fĂ©vrier 2013, Akerberg Fransson, C-617/10, § 28.[22] CJUE 26 fĂ©vrier 2013, Akerberg Fransson, C-617/10, § 21.[23] Comme lâa jugĂ© la Cour de justice de lâUnion europĂ©enne, le champ dâapplication de lâart. 41 de la Charte, intitulĂ© Droit Ă une bonne administration », est autonome et plus restreint que celui des autres articles de la Charte Ainsi que la Cour lâa rappelĂ© au point 67 de lâarrĂȘt YS Câ141/12 et Câ372/12, EUC20142081, il rĂ©sulte clairement du libellĂ© de lâarticle 41 de la Charte que celui-ci sâadresse non pas aux Ătats membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de lâUnion voir, en ce sens, arrĂȘt Cicala, Câ482/10, EUC2011868, point 28. Partant, le demandeur dâun titre de sĂ©jour ne saurait tirer de lâarticle 41, paragraphe 2, sous a, de la Charte un droit dâĂȘtre entendu dans toute procĂ©dure relative Ă sa demande. ». Il en rĂ©sulte que le champ dâapplication de lâart. 41 ne coĂŻncide pas intĂ©gralement avec celui des principes gĂ©nĂ©raux du droit de lâUnion europĂ©enne en lâespĂšce, le droit dâĂȘtre entendu nâa pu ĂȘtre invoquĂ© par le requĂ©rant quâen tant que partie intĂ©grante du respect des droits de la dĂ©fense, principe gĂ©nĂ©ral du droit de lâUnion », voir CJUE 5 novembre 2014, Sophie Mukarubega, C-166/13, § 44-45 rĂ©ponse Ă une question prĂ©judicielle introduite par le tribunal administratif de Melun par une dĂ©cision du 8 mars 2013 ; voir Ă©galement, les conclusions contraires de lâavocat gĂ©nĂ©ral M. Wathelet sur cette affaire, § 56 Il ne me paraĂźtrait pas cohĂ©rent ni conforme Ă la jurisprudence de la Cour que le libellĂ© de lâarticle 41 de la Charte puisse ainsi introduire une exception Ă la rĂšgle prescrite par lâarticle 51 de celle-ci, qui permettrait aux Ătats membres de ne pas appliquer un article de la Charte, mĂȘme lorsquâils mettent en Ćuvre le droit de lâUnion. Aussi, je marque ma nette prĂ©fĂ©rence pour lâapplicabilitĂ© de lâarticle 41 de la Charte aux Ătats membres lorsquâils mettent en Ćuvre le droit de lâUnion, mais de toute façon, comme le relĂšve le gouvernement français, le droit dâĂȘtre entendu constitue, conformĂ©ment Ă une jurisprudence constante, un principe gĂ©nĂ©ral du droit de lâUnion qui relĂšve non seulement du droit Ă une bonne administration, consacrĂ© Ă lâarticle 41 de la Charte, mais aussi du respect des droits de la dĂ©fense et du droit Ă un procĂšs Ă©quitable garantis aux articles 47 et 48 de la Charte». Le respect de ce droit sâimpose donc Ă ce titre au moins aux autoritĂ©s de chacun des Ătats membres lorsquâelles adoptent des dĂ©cisions entrant dans le champ dâapplication du droit de lâUnion». ».[24] D. Ritleng, De lâarticulation des systĂšmes de protection des droits fondamentaux dans lâUnion, les enseignements des arrĂȘts Akerberg Fransson et Melloni », RTD Eur., 2013, p. 267.[25]CJUE 26 fĂ©vrier 2013, Akerberg Fransson, C-617/10, § 21.[26] Guy Braibant, La Charte des droits fondamentaux de lâUnion europĂ©enne, tĂ©moignage et commentaires de Guy Braibant, Ă©d. Le Seuil, coll. Point Essai, 2001, p. 17.[27]CJUE 21 dĂ©cembre 2011, C-411/10, § 120.[28] [2013] EWHC 3453 Admin, case no CO/11191/2010 comme le souligne le juge Mostyn, âThe Human Rights Act 1998 incorporated into our domestic law large parts, but by no means all, of the European Convention on Human Rights. Some parts were deliberately missed out by Parliament. The Charter of Fundamental Rights of the European Union contains, I believe, all of those missing parts and a great deal more. Notwithstanding the endeavours of our political representatives at Lisbon it would seem that the much wider Charter of Rights is now part of our domestic law. Moreover, that much wider Charter of Rights would remain part of our domestic law even if the Human Rights Act were repealedâ, § 14.[29] R. Clayton QC et Murphy, âThe emergence of the EU Charter of Fundamental Rights in UK law », European Human Rights Law Review, 2014. Voir, sur ce point, le rapport de la Commission de contrĂŽle des affaires europĂ©ennes de la Chambre des Communes du Royaume-Uni, intituĂ© The Application of the EU Charter of Fundamental Rights in the UK A State of Confusion ».[30]BVerfGE 1 BVR 1215/07, § 91 Der EuropĂ€ische Gerichtshof ist danach fĂŒr die aufgeworfenen â ausschlieĂlich die deutschen Grundrechte betreffenden â Fragen nicht gesetzlicher Richter im Sinne des Art. 101 Abs. 1 GG. Nichts anderes kann sich aus der Entscheidung des EuGH in der Rechtssache Ă kerberg Fransson EuGH, Urteil vom 26. Februar 2013, C-617/10 ergeben. Im Sinne eines kooperativen Miteinanders zwischen dem Bundesverfassungsgericht und dem EuropĂ€ischen Gerichtshof vgl. BVerfGE 126, 286 darf dieser Entscheidung keine Lesart unterlegt werden, nach der diese offensichtlich als Ultra-vires-Akt zu beurteilen wĂ€re oder Schutz und Durchsetzung der mitgliedstaatlichen Grundrechte in einer Weise gefĂ€hrdete Art. 23 Abs. 1 Satz 1 GG, dass dies die IdentitĂ€t der durch das Grundgesetz errichteten Verfassungsordnung in Frage stellte vgl. BVerfGE 89, 155 ; 123, 267 ; 125, 260 ; 126, 286 ; 129, 78 . Insofern darf die Entscheidung nicht in einer Weise verstanden und angewendet werden, nach der fĂŒr eine Bindung der Mitgliedstaaten durch die in der Grundrechtecharta niedergelegten Grundrechte der EuropĂ€ischen Union jeder sachliche Bezug einer Regelung zum bloĂ abstrakten Anwendungsbereich des Unionsrecht oder rein tatsĂ€chliche Auswirkungen auf dieses ausreiche. Vielmehr fĂŒhrt der EuropĂ€ische Gerichtshof auch in dieser Entscheidung ausdrĂŒcklich aus, dass die EuropĂ€ischen Grundrechte der Charta nur in âunionsrechtlich geregelten Fallgestaltungen, aber nicht auĂerhalb derselben Anwendung findenâ EuGH, Urteil vom 26. Februar 2013, C-617/10, Rn. 19.[31] O. Joop, La Cour constitutionnelle fĂ©dĂ©rale allemande raisonne sur la question prĂ©judicielle et encadre la portĂ©e de la Charte des droits fondamentaux de lâUnion europĂ©enne », RTD Eur., 2014, p. 228.[32]C. Safferling, Der EuGH, die Grundrechtecharta und nationales Recht Die FĂ€lle Ă kerberg Fransson et Melloni », Neue Zeitschift fĂŒr Strafrecht, 2014, p. 545.[33] CJUE 26 fĂ©vrier 2013, Akerberg Fransson, C-617/10, § 22.[34]Sous rĂ©serve de lâexception mentionnĂ©e ci-dessus note 23.[35]V. Skouris, DĂ©veloppements rĂ©cents de la protection des droits fondamentaux dans lâUnion europĂ©enne les arrĂȘts Melloni et Akerberg Fransson », Dir. Un. Eur., fasc. 2, 2013, p. 229.[36] CJUE 26 fĂ©vrier 2013, Stefano Melloni, C-399/11, § 55-64.[37]En France, lâarticle 88-2 de la Constitution dispose La loi fixe les rĂšgles relatives au mandat d'arrĂȘt europĂ©en en application des actes pris par les institutions de l'Union europĂ©enne. » Par sa dĂ©cision n°2013-314 P, QPC, du 4 avril 2013, Jeremy F., le Conseil constitutionnel a posĂ©, pour la premiĂšre fois, une question prĂ©judicielle Ă la Cour de justice afin de dĂ©terminer si les articles 27 et 28 de la dĂ©cision-cadre n° 2002/584/JAI du Conseil, du 13 juin 2002, relative au mandat d'arrĂȘt europĂ©en et aux procĂ©dures de remise entre Ătats membres, doivent ĂȘtre interprĂ©tĂ©s en ce sens qu'ils s'opposent Ă ce que les Ătats membres prĂ©voient un recours suspendant l'exĂ©cution de la dĂ©cision de l'autoritĂ© judiciaire qui statue, dans un dĂ©lai de trente jours Ă compter de la rĂ©ception de la demande, soit afin de donner son consentement pour qu'une personne soit poursuivie, condamnĂ©e ou dĂ©tenue en vue de l'exĂ©cution d'une peine ou d'une mesure de sĂ»retĂ© privatives de libertĂ©, pour une infraction commise avant sa remise en exĂ©cution d'un mandat d'arrĂȘt europĂ©en, autre que celle qui a motivĂ© sa remise, soit pour la remise d'une personne Ă un Ătat membre autre que l'Ătat membre d'exĂ©cution, en vertu d'un mandat d'arrĂȘt europĂ©en Ă©mis pour une infraction commise avant sa remise. Par un arrĂȘt du 30 mai 2013, Jeremy F., C-168/13 PPU, la Cour de justice a jugĂ© que cette dĂ©cision-cadre ne s'oppose pas Ă ce que les Ătats membres prĂ©voient un recours suspendant l'exĂ©cution de la dĂ©cision de l'autoritĂ© judiciaire qui statue, dans un dĂ©lai de trente jours Ă compter de la rĂ©ception de la demande, afin de donner son consentement soit pour l'extension des effets du mandat Ă d'autres infractions, soit pour l'autorisation de la remise de la personne Ă un Ătat tiers. La Cour a seulement jugĂ© que la dĂ©cision dĂ©finitive doit ĂȘtre adoptĂ©e dans les dĂ©lais visĂ©s Ă l'article 17 de la dĂ©cision-cadre, c'est-Ă -dire au plus tard dans les 90 jours. Par sa dĂ©cision n°2013-314, QPC, du 14 juin 2013, Jeremy F., le Conseil constitutionnel a pu en dĂ©duire qu'en prĂ©voyant que la dĂ©cision de la chambre de l'instruction est rendue sans recours », le quatriĂšme alinĂ©a de l'article 695-46 du CPP ne dĂ©coule pas nĂ©cessairement des actes pris par les institutions de l'Union europĂ©enne relatifs au mandat d'arrĂȘt europĂ©en, et que, par suite, il lui appartenait, saisi sur le fondement de l'article 61-1 de la Constitution, de contrĂŽler la conformitĂ© de cette disposition aux droits et libertĂ©s que la Constitution garantit. LaCharte des droits fondamentaux, en ses articles 51 et 52, une distinction entre les droits et les principes. Cette distinction a essntiellement pour but de rĂ©duire la justiciabilitĂ© des principes puisque l'article 52.5 prĂ©cise que "les dispositions de la prĂ©sente Charte qui contiennent des principes peuvent ĂȘtre mises en Ćuvre par des / Ăclairage / La Charte des droits fondamentaux Ă lâĂ©preuve de la dĂ©mocratie Par Jean Baechler, membre de lâAcadĂ©mie des sciences morales et politique PubliĂ© le 31 dĂ©cembre 2004 Ă travers la charte des droits fondamentaux, les peuples de lâEurope ont dĂ©cidĂ© de partager un avenir pacifique fondĂ© sur des valeurs communes. Jean Baechler, historien et sociologue, nous livre son analyse sur ce texte de 54 articles, contenu dans le projet de Constitution Charte des droits fondamentaux a Ă©tĂ© signĂ©e et proclamĂ©e par les prĂ©sidents du Parlement europĂ©en, du Conseil et de la Commission lors du Conseil europĂ©en de Nice le 7 dĂ©cembre 2000. Elle reprend en un texte unique l'ensemble des droits civiques, politiques, Ă©conomiques et sociaux des citoyens europĂ©ens ainsi que de toutes personnes vivant sur le territoire de l'Union. Les droits sont regroupĂ©s en six grands chapitres - DignitĂ© - LibertĂ© - ĂgalitĂ© - SolidaritĂ© - CitoyennetĂ© - Justice Mais cette charte, qui constituait initialement le titre II du TraitĂ© Ă©tablissant une Constitution pour l'Europe, n'a pas de valeur contraignante d'un point de vue juridique car non formellement ratifiĂ©e par les Ătats. Jean Baechler, membre de l'Institut, historien et sociologue, nous propose une analyse critique de cet texte. Propos recueillis en avril 2004. Membre de l'AcadĂ©mie des sciences morales et politiques dans la section Morale et Sociologie, agrĂ©gĂ© d'histoire-gĂ©ographie et docteur Ăšs lettres, Jean BĂŠchler fut Ă©galement membre du Centre europĂ©en de sociologie historique dirigĂ© par Raymond Aron 1969-1984 et appartient, depuis 1984, au Groupe d'Ă©tudes des mĂ©thodes de l'analyse sociologique GEMAS fondĂ© par Raymond Boudon. Quelques Ćuvres - 1988 - Europe and the rise of Capitalism en collaboration- 1993 - La Grande ParenthĂšse 1914-1991. Essai sur un accident de l'histoire- 1994 - PrĂ©cis de la dĂ©mocratie- 1995 - Le Capitalisme- 1996 - Contrepoints et commentaires- 2000 - Nature et histoire- 2002 - Esquisse d'une histoire universelle En savoir plus sur - Jean Baechler, membre de l'AcadĂ©mie des sciences morales et politiques- La Charte des droits fondamentaux- La revue commentaire, dirigĂ©e par Jean-Claude Casanova - Ăcoutez les autres Ă©missions en compagnie de Jean Baechler Cela peut vous intĂ©resser LeprĂ©sent ouvrage sây emploie sous la forme dâun commentaire article par article, systĂ©matique, de la Charte des droits fondamentaux de lâUnion europĂ©enne du 7 dĂ©cembre 2000, telle quâadaptĂ©e le 12 dĂ©cembre 2007 Ă Strasbourg, Ă laquelle lâarticle 6 du traitĂ© sur lâUnion europĂ©enne confĂšre la mĂȘme valeur juridique que les traitĂ©s constitutifs.
Intervention de Jean-Marc SauvĂ©, vice-prĂ©sident du Conseil dâĂtat, lors du XXVĂšme CongrĂšs de la FĂ©dĂ©ration internationale de droit europĂ©en FIDE qui s'est tenu Ă Tallinn Estonie du 30 mai au 2 juin 2012. Lien Ă reprendre TĂ©lĂ©charger l'intervention au format pdfXXVĂšme CongrĂšs de la FĂ©dĂ©ration internationale de droit europĂ©enFIDE ***La protection des droits fondamentaux aprĂšs Lisbonne Lâinteraction entre la Charte des droits fondamentaux de lâUnion europĂ©enne, la Convention europĂ©enne des droits de lâhomme et les constitutions nationales. ***Tallinn, 30 mai - 2 juin 2012 ***La protection des droits fondamentaux au niveau de lâUnion europĂ©enne et des Etats membres ***Propos introductifs de Jean-Marc SauvĂ©[1],Vice-prĂ©sident du Conseil dâĂtatJe suis heureux et honorĂ© dâouvrir aujourdâhui la premiĂšre table ronde du premier thĂšme gĂ©nĂ©ral intitulĂ© La protection des droits fondamentaux aprĂšs Lisbonne lâinteraction entre la Charte des droits fondamentaux de lâUnion europĂ©enne, la Convention europĂ©enne des droits de lâhomme et les constitutions nationales ».Incontestablement, ce sujet est vaste et il ne sera pas trop de quatre tables rondes pour le dĂ©fricher de remercier le comitĂ© dâorganisation de ce XXVĂšme congrĂšs de la FIDE ; lâAssociation estonienne pour le droit europĂ©en, maĂźtre dâĆuvre de ce congrĂšs ; et sa prĂ©sidente, Mme Julia Laffranque, ainsi que les intervenants prĂ©sents avec moi Ă cette table M. Leonard Besselink, professeur de droit, titulaire de la chaire de droit constitutionnel europĂ©en Ă lâuniversitĂ© dâUtrecht, qui est le rapporteur gĂ©nĂ©ral de notre colloque, et M. Clemens Ladenburger, assistant du directeur gĂ©nĂ©ral du service juridique de la Commission europĂ©enne, qui assume le rĂŽle de rapporteur pour lâUnion de mes prĂ©dĂ©cesseurs au poste de vice-prĂ©sident du Conseil dâĂtat, RenĂ© Cassin, qui fut Ă©galement prĂ©sident de la Cour europĂ©enne des droits de lâhomme et laurĂ©at du prix Nobel de la Paix, Ă©crivait aprĂšs la Seconde guerre mondiale, dans cette pĂ©riode oĂč lâEurope des libertĂ©s sâest construite en rĂ©action au nazisme et au fascisme, quâ une dĂ©mocratie ne mĂ©rite son nom que si les droits de lâhomme bĂ©nĂ©ficient [âŠ] dâune protection effectivement sanctionnĂ©e, grĂące au contrĂŽle dâune juridiction »[2]. Cette idĂ©e, pour laquelle beaucoup d'hommes se sont battus et ont pĂ©ri, prĂ©sente aujourdâhui un caractĂšre dâĂ©vidence. En mĂȘme temps que lâidĂ©e europĂ©enne se dĂ©veloppait, lâidĂ©al dĂ©mocratique sâest enracinĂ© dans nos sociĂ©tĂ©s ainsi que, de maniĂšre consubstantielle, les droits de lâhomme, car la dĂ©mocratie nâest pas quâun rĂ©gime politique fondĂ© Ă la fois sur la souverainetĂ© populaire et la sĂ©paration des pouvoirs elle est aussi insĂ©parable dâune vision de la dignitĂ© et des droits de la personne humaine. Fruit dâune longue Ă©volution, lâEtat de droit a par consĂ©quent pris le visage d'un Etat des droits et des droits fondamentaux sâimposent ainsi comme une composante essentielle, mais aussi, et surtout, une composante partagĂ©e de nos systĂšmes juridiques, car ils transcendent les frontiĂšres existant entre les ordres juridiques des Etats membres de lâUnion europĂ©enne, lâordre juridique de lâUnion, celui de la Convention europĂ©enne des droits de lâhomme et, plus largement, lâordre situation engendre une certaine confusion, en tout cas, un relatif manque de clartĂ©, le poĂšte parlait dâune obscure clartĂ© qui tombe des Ă©toiles »[3]. Trois mouvements sont en effet parallĂšlement Ă lâĆuvre. Lâexpansion des droits, tout dâabord, avec des droits dits de premiĂšre gĂ©nĂ©ration », droits civils et politiques opposables Ă lâEtat, auxquels sâajoutent des droits Ă©conomiques, sociaux et culturels, mais Ă©galement des droits dits de solidaritĂ© », tels que le droit au dĂ©veloppement ou Ă lâenvironnement. Ce mouvement dâexpansion des droits sâaccompagne dâune multiplication des sources du droit lâadoption de la Charte des droits fondamentaux de lâUnion europĂ©enne et la valeur juridique que lui confĂšre le traitĂ© de Lisbonne en sont les meilleurs exemples. TroisiĂšme mouvement, qui est insĂ©parable du deuxiĂšme, les droits fondamentaux ont aujourdâhui une pluralitĂ© de juges et donc dâ touchons lĂ au cĆur de notre sujet et, notamment de cette premiĂšre table ronde consacrĂ©e Ă La protection des droits fondamentaux au niveau de lâUnion europĂ©enne et des Etats membres. Lâexpansion des droits, la multiplication de leurs sources et la pluralitĂ© de leurs interprĂštes rĂ©vĂšle la nĂ©cessitĂ© dâordonner lâenchevĂȘtrement et dâarticuler des systĂšmes juridiques possĂ©dant chacun sa logique propre, mais irrĂ©mĂ©diablement imbriquĂ©s. LâimpĂ©ratif dâunitĂ© et de cohĂ©rence dans lâapplication des droits sâimpose naturellement mais est-il compatible avec lâexistence de marges nationales dâapprĂ©ciation ? Inversement, la souverainetĂ© des Etats et des systĂšmes juridiques nationaux ne sây oppose-t-elle pas ou ne le contrarie-t-il pas ?Ces enjeux, les juges doivent les apprĂ©hender de maniĂšre presque quotidienne. Pour en donner un exemple, le Conseil dâĂtat français fait application du droit europĂ©en, câest-Ă -dire de lâUnion europĂ©enne comme de la Convention europĂ©enne des droits de lâhomme, dans environ 25 % des affaires qu'il le plan tant normatif que procĂ©dural, les interrogations qui naissent de cette situation sont multiples. Sur le plan normatif, il est nĂ©cessaire dâassurer la cohĂ©rence des systĂšmes juridiques pour que soit garanti le meilleur niveau de protection des droits et des libertĂ©s. Sur le plan procĂ©dural, il apparaĂźt dĂšs lors crucial de dĂ©velopper un dialogue entre juges, une coopĂ©ration Ă la fois institutionnelle et informelle avec les juridictions europĂ©ennes et de promouvoir une Ă©thique de responsabilitĂ©, chaque juge devant prendre sa place dans ce dialogue en restant Ă lâĂ©coute des autres juges. En effet, lâavĂšnement progressif de lâespace europĂ©en comme espace de protection des droits fondamentaux I crĂ©e dâinĂ©vitables tensions avec les droits nationaux et soulĂšve des questions juridiques Ă©pineuses en termes de relations entre les systĂšmes juridiques II.I. Lâespace europĂ©en est devenu un espace autonome de protection des droits fondamentauxHors le droit dĂ©rivĂ©, trois sources principales, indĂ©pendantes mais complĂ©mentaires A, permettent une protection efficace des droits fondamentaux au niveau europĂ©en B.A. Trois sources autonomes et complĂ©mentaires de protection des droits fondamentaux1. La protection des droits fondamentaux nâa pas constituĂ©, pour les rĂ©dacteurs des traitĂ©s instituant les CommunautĂ©s europĂ©ennes, une exigence principielle et il nâa pas existĂ©, dĂšs lâorigine, un catalogue communautaire de ces droits. De maniĂšre prĂ©torienne, la Cour de justice des CommunautĂ©s europĂ©ennes a palliĂ© ce manque, en mettant en lumiĂšre et en dĂ©veloppant des principes gĂ©nĂ©raux du droit, comprenant les droits fondamentaux, dont le respect est assurĂ© par la Cour de justice[4]. Lâorigine de ces principes se trouve dans les traditions constitutionnelles communes aux Etats membres ou dans les instruments internationaux de protection des droits de lâhomme[5], parmi lesquels la Convention europĂ©enne des droits de lâhomme revĂȘt une signification particuliĂšre »[6]. Le premier temps de la protection des droits fondamentaux a donc Ă©tĂ© celui des principes gĂ©nĂ©raux du Lâadoption dâune source Ă©crite, dâun vĂ©ritable catalogue de droits propre Ă lâUnion europĂ©enne, avec la Charte des droits fondamentaux, permet de rĂ©affirmer et de dĂ©passer les sources prĂ©cĂ©dentes et leur donne une portĂ©e dont nous nâavons pas fini de dĂ©couvrir lâampleur. Elle marque dans ce domaine lâaccĂšs Ă lâĂąge de la maturitĂ© et va clairement contribuer au renforcement de la garantie des droits fondamentaux. La question de lâarticulation de ces deux sources, jurisprudentielle et Ă©crite, se pose toutefois. La Cour de justice a dĂ©jĂ donnĂ© quelques indications Ă ce sujet, notamment en ce quâelle semble prĂ©fĂ©rer se rĂ©fĂ©rer Ă la source Ă©crite, plutĂŽt quâĂ la source prĂ©torienne, lorsque cela est possible[7]. Il me semble que la coexistence de ces deux premiĂšres sources permettra une rĂ©elle souplesse et une grande adaptabilitĂ© du catalogue des La Convention europĂ©enne de sauvegarde des droits de lâhomme et des libertĂ©s fondamentales complĂšte le triptyque des sources principales de la protection des droits fondamentaux en Europe ces sources peuvent ne pas coĂŻncider et elles ont des interprĂštes multiples, la polyphonie des droits â et ses contradictions potentielles â pouvant ĂȘtre accrue par la perspective dâadhĂ©sion de lâUnion Ă la convention europĂ©enne des droits de lâhomme. Fort heureusement, les deux Cours europĂ©ennes dialoguent lâune avec lâautre. LâarrĂȘt Bosphorus de la Cour de Strasbourg[8] illustre cette recherche et cet esprit de conciliation des deux systĂšmes europĂ©ens en reconnaissant une vĂ©ritable prĂ©somption dâĂ©quivalence des protections entre lâordre juridique de lâUnion et le systĂšme de la Convention. La Cour de justice de lâUnion europĂ©enne fait, pour sa part, Ă©galement rĂ©fĂ©rence de maniĂšre explicite Ă la jurisprudence de la Cour europĂ©enne des droits de lâhomme[9]. Lâarticle 53 de la Charte garantit en outre, par une sorte dâeffet cliquet, la pĂ©rennitĂ© des standards de protection des droits fondamentaux fixĂ©s notamment par la combinaison de ces trois sources principales des droits fondamentaux permet incontestablement que ces droits, qui font le plus souvent partie des traditions constitutionnelles des Etats membres, soient efficacement protĂ©gĂ©s au sein de lâUnion Des droits fondamentaux pris au sĂ©rieux »[10]1. Lâaffirmation dâun espace europĂ©en autonome de protection des droits fondamentaux a commencĂ© par lâenrichissement du catalogue de ces droits et par leur diffusion. Les principes gĂ©nĂ©raux du droit ont ainsi permis de combler certaines lacunes du droit primaire[11] ; il en a Ă©tĂ© fait un usage continu[12] et si leur hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© est rĂ©elle, leur Ă©pine dorsale et leur manifestation la plus remarquable rĂ©sident dans la consĂ©cration des droits fondamentaux[13]. Leur valeur normative est Ă©galement forte le principe selon lequel tous les actes naguĂšre communautaires et, aujourdâhui, de lâUnion doivent respecter les droits fondamentaux figure au nombre des principes constitutionnels » reconnus par les traitĂ©s[14] et la Charte des droits fondamentaux est dĂ©sormais Ă©rigĂ©e en instrument incontournable du contrĂŽle de lĂ©galitĂ© »[15].2. Le dĂ©veloppement des droits fondamentaux ne signifie pas pour autant lâabsence de limitation de ceux-ci. Dans plusieurs affaires, la Cour de justice de lâUnion europĂ©enne a ainsi Ă©tĂ© conduite Ă concilier les droits fondamentaux entre eux ou avec les grandes libertĂ©s qui fondent lâUnion europĂ©enne par exemple, la libre circulation des marchandises et la libertĂ© dâexpression et de rĂ©union[16]; la libre prestation de service et le respect de la dignitĂ© humaine ou encore le droit de mener une action collective, telle que le droit de grĂšve[17]⊠Des limitations aux droits fondamentaux sont ainsi possibles, si elles sont justifiĂ©es par des objectifs dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, et sous rĂ©serve quâelles soient adĂ©quates, nĂ©cessaires et proportionnĂ©es au but lĂ©gitime poursuivi[18]. La Cour de justice est attentive Ă une conciliation juste et raisonnable entre ces droits et ces Il est parfois arrivĂ© que la Cour de justice soit critiquĂ©e pour son activisme et, en particulier, sa propension Ă faire Ă©merger de nouveaux principes gĂ©nĂ©raux du droit Ă effet horizontal. Cela a particuliĂšrement Ă©tĂ© le cas Ă l'occasion de l'arrĂȘt Mangold, par lequel elle a dĂ©gagĂ© de divers instruments internationaux et [des] traditions constitutionnelles communes aux Etats membres » un principe de non-discrimination liĂ© Ă lâĂąge[19]. La doctrine[20] sâest longuement interrogĂ©e sur cet arrĂȘt et nous aurons lâoccasion dây revenir. Il convient de souligner Ă ce stade quâavec lâarrĂȘt Honeywell du 6 juillet 2010, la Cour de Karlsruhe a retenu en la matiĂšre une solution qui n'est pas incompatible avec la jurisprudence de Luxembourg[21].Ce dernier exemple permet de mettre en Ă©vidence que la coexistence des diffĂ©rents niveaux de protection des droits fondamentaux nâest pas nĂ©cessairement Ă©vidente. Ce nâest pas une donnĂ©e immĂ©diate acquise dâavance ; câest le fruit dâune dĂ©marche consciente et constructive de coopĂ©ration qui se constate coexistence ou conflit ? La difficile articulation entre les diffĂ©rents niveaux de protection et les moyens de rĂ©solution des conflits La possibilitĂ© dâune complĂ©mentaritĂ© relativement harmonieuse entre droits fondamentaux est-elle autre chose quâun vĆu pieux ? »[22]. Cette question exprime le scepticisme relatif qui sourd parfois de lâĂ©tude des rapports entre les diffĂ©rents systĂšmes juridiques sur le thĂšme de la protection des droits fondamentaux. Si la coexistence ou la conciliation des systĂšmes nationaux et europĂ©ens est en effet recherchĂ©e et si elle est possible A, des tensions peuvent rĂ©sulter de la protection de lâidentitĂ© constitutionnelle propre Ă certains Etats membres B ; ces tensions appellent quelques remarques sur les voies d'Ă©vitement ou, Ă dĂ©faut, de rĂ©solution de tels conflits C.A. Une coexistence harmonieuse est possible ; elle est mĂȘme la La protection, en droit de lâUnion europĂ©enne, des droits fondamentaux transcende en principe les ordres juridiques nationaux, en application du principe de primautĂ©. Elle permet depuis plus de 50 ans dâenrichir, parfois au prix de certaines tensions, les droits nationaux et de donner une vĂ©ritable colonne vertĂ©brale, ainsi quâune rĂ©elle unitĂ© et cohĂ©rence Ă la construction europĂ©enne dans le domaine du droit. On peut penser, par exemple, aux rĂ©percussions de lâaffaire Salduz c. Turquie, jugĂ©e par la Cour europĂ©enne des droits de lâhomme, qui a fait Ă©voluer le droit Ă©cossais[23], mais Ă©galement, et non sans mal, le droit français sur lâassistance par un avocat dĂšs la premiĂšre heure des personnes en garde Ă vue[24]. Le droit Ă ce que sa cause soit entendue Ă©quitablement et dans un dĂ©lai raisonnable a Ă©galement permis Ă plusieurs Etats membres dâapprofondir leur conception de lâimpartialitĂ© et de renforcer lâexigence dâun dĂ©lai raisonnable de jugement au-delĂ mĂȘme du strict champ dâapplication de lâarticle 6 de la convention europĂ©enne des droits de lâhomme. Les exemples sont Ă©galement nombreux en droit de lâUnion europĂ©enne. Le principe de bonne administration renvoie Ă de nombreuses obligations dĂ©jĂ existantes dans les droits nationaux et a conduit Ă les complĂ©ter motivation des dĂ©cisions, droit dâĂȘtre entendu avant une mesure individuelle dĂ©favorableâŠ. A lâinverse, en lâabsence de principe pertinent en droit europĂ©en ou faute dâapplicabilitĂ© de celui-ci, le droit national peut pallier ce vide par lâapplication de ses propres principes[25].2. La question est plus Ă©pineuse lorsque se heurtent deux maniĂšres, lâune nationale, lâautre europĂ©enne, de concilier entre eux des droits fondamentaux. Sâagissant de la conciliation de la protection de la vie privĂ©e avec la libertĂ© dâexpression, les arrĂȘts Von Hannover[26] de la Cour europĂ©enne des droits de lâhomme, prĂ©cĂ©dĂ©s dâarrĂȘts sur le mĂȘme sujet de la Cour de Karlsruhe, ont illustrĂ© les dissensions, puis les rapprochements qui conduisent les juridictions europĂ©ennes et nationales Ă faire converger leurs vues sur une mĂȘme conflits peuvent Ă©galement surgir de la confrontation entre des principes constitutionnels nationaux et des rĂšgles et principes issus du droit de lâUnion, comme la jurisprudence de la Cour constitutionnelle fĂ©dĂ©rale dâAllemagne lâa montrĂ© depuis ses arrĂȘts dits Solange. Mais ils prĂ©sentent Ă ce stade un caractĂšre virtuel, car les risques rĂ©els de contradiction ne se sont encore jamais Des tensions inĂ©vitables1. La dynamique europĂ©enne de protection des droits fondamentaux, quâil faut louer, va ainsi de pair avec certaines tensions. En effet, les Etats entretiennent des rapports variables, mais souvent spĂ©cifiques et profonds, avec leurs » propres droits fondamentaux consacrĂ©s en droit constitutionnel national et sont, en consĂ©quence, plus ou moins bien disposĂ©s Ă lâĂ©mergence dâun Ă©chelon de protection supplĂ©mentaire. LâAllemagne, oĂč les droits fondamentaux consacrĂ©s par la loi fondamentale sont reconnus comme intangibles du fait dâune clause dâĂ©ternitĂ© »[27], ou lâAngleterre, patrie de la Magna Carta et du Bill of Rights, ne perçoivent sans aucun doute pas de la mĂȘme façon que dâautres pays les rapports entre le systĂšme national et les systĂšmes europĂ©ens de dĂ©fense des droits France, pays qui a proclamĂ© la DĂ©claration des droits de lâhomme et du citoyen, de valeur constitutionnelle, le Conseil constitutionnel a entendu, face au principe de primautĂ© du droit de lâUnion, assurer la prĂ©servation de lâidentitĂ© constitutionnelle nationale au cas oĂč ce droit viendrait Ă y porter atteinte[28]. Le Conseil dâĂtat a Ă©galement rappelĂ© la primautĂ© de la Constitution dans lâordre interne aussi bien vis-Ă -vis de la Convention europĂ©enne des droits de lâhomme que vis-Ă -vis du droit de lâUnion[29].Dâautres Etats, comme le Royaume-Uni et la Pologne, ont choisi de rester en retrait de la derniĂšre Ă©tape de garantie des droits fondamentaux dans lâUnion, en souscrivant Ă un protocole limitant les effets de la Charte sur leur droit interne[30].Ces remarques conduisent Ă poser une question centrale peut-il y avoir, au-delĂ des valeurs communes auxquelles tous les Etats dĂ©mocratiques souscrivent, un universalisme », ou mĂȘme un europĂ©anisme », des droits fondamentaux ? En dĂ©pit de la proximitĂ© de ces droits ou de lâexistence de synergies entre eux, nây a-t-il pas, au moins pour certains droits, quelque chose dâirrĂ©ductiblement situĂ© dans les droits fondamentaux, une identitĂ© constitutionnelle nationale qui rĂ©vĂšlerait la nĂ©cessaire contingence culturelle » des catĂ©gories juridiques[31] ? Il faut sans doute en convenir. Mais si lâon se rĂ©signait Ă admettre trop aisĂ©ment le rapatriement » des droits fondamentaux, on nierait le mouvement de convergence et dâexpansion engagĂ© depuis 40 ans. Ou crĂ©erait aussi des risques dâincohĂ©rence et dâimprĂ©visibilitĂ© Les tensions se concentrent ainsi, pour lâessentiel, sur la primautĂ© du droit de lâUnion europĂ©enne par rapport aux normes constitutionnelles nationales qui, au plan interne, sont au sommet de la hiĂ©rarchie des normes. Les arrĂȘts Solange de la Cour constitutionnelle fĂ©dĂ©rale allemande et leurs suites, notamment la dĂ©cision de cette cour sur le traitĂ© de Lisbonne, ont montrĂ© quels rapports pourraient sâĂ©tablir entre le systĂšme juridique allemand et le droit de lâUnion europĂ©enne[32] Ă partir de la prĂ©somption dâĂ©quivalence de protection. Ces rapports sont en principe ouverts et confiants câest le sens du concept dâEuroparechtsfreundlichkeit. Ils restent nĂ©anmoins vigilants et protecteurs, chaque fois que cela est jugĂ© nĂ©cessaire, des droits garantis par la Loi fondamentale. La voie suivie en droit français diverge par ses modalitĂ©s et ses rĂ©sultats, mais elle sâinscrit dans la mĂȘme veine c'est celle d'une ouverture sur le droit de l'Union, d'une recherche attentive de conciliation entre les droits fondamentaux consacrĂ©s par la Constitution et la lecture qu'en font, dans leur propre ordre, les Cours de Strasbourg et de Luxembourg dans un dialogue nĂ©cessaire avec les juges europĂ©ens[33]. Cette quĂȘte de conciliation ne saurait ex ante exclure par principe un choc entre le droit constitutionnel national, le juge national qui tire ses pouvoirs et sa lĂ©gitimitĂ© de la Constitution devant toujours veiller Ă protĂ©ger la source constitutionnelle des droits fondamentaux. Mais au final, ex post, force est de reconnaĂźtre que les conflits parfois redoutĂ©s ont pu ĂȘtre prĂ©venus ou surmontĂ©s. Les chemins empruntĂ©s par les juges français, qui apparaissent autant comme des voies dâĂ©vitement des conflits que des voies de conciliation, ont Ă©tĂ© construits progressivement et non sans difficultĂ©, la volontĂ© de coopĂ©ration avec les juridictions europĂ©ennes ayant prĂ©valu sur une interprĂ©tation large, dĂ©raisonnable, voire sur lâabsolutisation, des principes constitutionnels ou du concept d'identitĂ© constitutionnelle de la Le dernier exemple de la conciliation de la protection europĂ©enne et de la protection nationale des droits fondamentaux rĂ©side sans aucun doute dans la recherche de lâarticulation des questions prĂ©judicielles de constitutionnalitĂ© qui sont prioritaires en droit français avec le principe dâeffectivitĂ© du droit de lâUnion. Le lĂ©gislateur français avait ouvertement entendu confĂ©rer la primautĂ© au contrĂŽle de constitutionnalitĂ© par rapport au plus ancien et trĂšs efficace contrĂŽle de conventionnalitĂ©, câest-Ă -dire au contrĂŽle de la loi au regard du droit de lâUnion et des engagements internationaux de la France, afin de replacer la Constitution au cĆur des droits fondamentaux[34]. On connaĂźt la suite bien quâayant fait preuve dâune rĂ©elle diplomatie juridictionnelle »[35], la Cour de justice de lâUnion europĂ©enne, par ses arrĂȘts Melki et Abdeli[36] , a fermement Ă©cartĂ© lâidĂ©e dâun examen prĂ©alable par le juge constitutionnel national dâune loi-miroir », qui reproduirait des dispositions inconditionnelles et prĂ©cises, impĂ©ratives », dit la Cour de justice, de directives de lâUnion, du fait du monopole dâinterprĂ©tation et d'apprĂ©ciation de la validitĂ© des actes de l'Union dont elle dispose. Elle a en outre dans les autres cas assorti de strictes conditions la possibilitĂ© dâun tel renvoi prioritaire devant le juge constitutionnel. La garantie prioritaire des droits et libertĂ©s protĂ©gĂ©s par la Constitution française ne peut ainsi conduire Ă faire Ă©chec, de quelque maniĂšre que ce soit, Ă lâapplication complĂšte du droit de lâUnion, y compris aux mesures urgentes ou aux questions prĂ©judicielles quâil requiert. En dâautres termes, la Cour nâa certes pas fermĂ© la porte Ă clĂ© sur un dispositif de contrĂŽle prioritaire de constitutionnalitĂ© et jetĂ© le trousseau dans la riviĂšre Alzette, mais elle a entrebĂąillĂ© cette porte avec Les voies de la rĂ©solution ou de lâĂ©vitement des conflits1. Quelles sont, dĂšs lors, les voies de rĂ©solution des conflits ? Un certain nombre de principes et/ou de techniques peuvent sans doute y aider et je souhaite sur ce point lancer quelques pistes de rĂ©flexion et de dĂ©bat. Il convient de citer dâabord la technique de lâinterprĂ©tation conforme, qui a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e par de nombreux juges et permet une convergence des droits, mais aussi le dĂ©veloppement des modes dâarticulation des normes faisant appel Ă la notion de protection Ă©quivalente des droits fondamentaux, qui a permis Ă certaines juridictions dâĂ©viter les conflits de norme[37]. Cette notion a Ă©tĂ© successivement mobilisĂ©e dans les rapports entre le systĂšme juridique de lâUnion et le systĂšme juridique national par la Cour constitutionnelle allemande et le Conseil dâĂtat français[38] ou entre le systĂšme juridique de lâUnion et celui de la convention europĂ©enne[39]. La doctrine a Ă©galement pu mettre en avant le rĂŽle dâun principe dit de faveur », selon lequel tout bĂ©nĂ©ficiaire des droits fondamentaux issus dâune pluralitĂ© de sources peut Ă tout moment tirer avantage du droit fondamental qui lui est le plus favorable »[40]. Lâarticle 53 de la Charte des droits fondamentaux va nettement dans ce sens. Enfin, un rapprochement des techniques de contrĂŽle mises en Ćuvre par les diffĂ©rents juges permettrait sans doute Ă©galement, dans certains cas, un rapprochement substantiel de ces La rĂ©solution des conflits rĂ©side Ă©galement, et peut-ĂȘtre avant tout, dans le dialogue quâentretiennent les diffĂ©rents acteurs du droit europĂ©en. Cela concerne bien entendu les juges, qui disposent Ă cette fin de lâinstrument de la question prĂ©judicielle comme dâautres moyens moins formels de dialoguer, tels que lâexamen successif de questions voisines devant des formations diffĂ©rentes des juridictions europĂ©ennes ou nationales. Ce dialogue peut ĂȘtre non pas juridictionnel, mais informel ou doctrinal, comme celui que nous entretenons aujourdâhui. LâutilitĂ© du dialogue concerne Ă©galement les autres pouvoirs publics et, en particulier, les parlements nationaux ; elle suppose notamment que lâinformation de ceux-ci en matiĂšre de droit europĂ©en soit complĂšte. Câest, enfin, Ă une Ă©thique de responsabilitĂ© des principaux acteurs quâil faut appeler et, en premier lieu, des juges nationaux qui doivent veiller, demain plus encore quâhier, Ă appliquer les rĂšgles europĂ©ennes en faisant preuve, parfois, dâune nĂ©cessaire imagination constructive pour trouver, en relation avec les cours europĂ©ennes et, ultimement, sous leur contrĂŽle, les voies dâune conciliation ou dâune coordination dans l'application des droits fondamentaux.** *Du fait de lâavĂšnement dâun espace europĂ©en autonome de protection des droits fondamentaux, se pose avec acuitĂ© la question de lâemboĂźtement de ce niveau de protection avec ceux qui existent dĂ©jĂ convention europĂ©enne des droits de lâhomme, constitutions nationales. Les difficultĂ©s Ă cet Ă©gard sont rĂ©elles et il ne faut pas cĂ©der Ă un excessif irĂ©nisme. Mais si des tensions se manifestent, et se manifesteront sans doute encore Ă lâavenir, nul doute non plus quâune lecture des relations inter-juridictionnelles en termes de purs rapports de forces et de pouvoirs ne reflĂšterait pas la rĂ©alitĂ© des rapports entre les diffĂ©rents niveaux de protection des droits suis heureux que nous puissions, au cours de ces journĂ©es, Ă©changer nos points de vue et nos expĂ©riences sur ces sujets. Nous ressortirons de ces dĂ©bats enrichis et mieux prĂ©parĂ©s Ă affronter les enjeux juridiques des mois et des annĂ©es Ă venir que nous ne le sommes actuellement.[1]Texte Ă©crit en collaboration avec M. Olivier Fuchs, conseiller de tribunal administratif et de cour administrative dâappel, chargĂ© de mission auprĂšs du vice-prĂ©sident du Conseil dâEtat.[2]R. Cassin, PrĂ©face in M. Letourneur, J. MĂ©ric, Conseil dâEtat et juridictions administratives, Paris, Armand Colin, 1955.[3]P. Corneille, Le Cid, acte IV, scĂšne 3.[4]CJCE, 17 dĂ©cembre 1970, Internationale Handelsgesellschaft, aff. 11/70.[5]Cette double origine est expressĂ©ment rappelĂ©e au sein des TraitĂ©s depuis le traitĂ© de Maastricht TraitĂ© sur lâUnion europĂ©enne signĂ© Ă Maastricht le 7 fĂ©vrier 1992, article F, § 2, devenu lâarticle 6 du TraitĂ© Ă la suite de lâentrĂ©e en vigueur du traitĂ© dâAmsterdam. Lâarticle 6, § 3, du TraitĂ© sur lâUnion europĂ©enne, tel quâil rĂ©sulte du traitĂ© de Lisbonne, dispose que 3. Les droits fondamentaux, tels qu'ils sont garantis par la Convention europĂ©enne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertĂ©s fondamentales et tels qu'ils rĂ©sultent des traditions constitutionnelles communes aux Ătats membres, font partie du droit de l'Union en tant que principes gĂ©nĂ©raux ». Cette double origine a Ă©tĂ© consacrĂ©e par l'arrĂȘt Nold de la Cour de justice CJCE, 14 mai 1974, Nold, aff. 4/73.[6]CJCE, 26 juin 2007, Ordre des barreaux francophones et germanophones, aff. C-305/05.[7]CJUE, 13 dĂ©cembre 2011, Reinhard Prigge e. a., aff. C-447/09.[8]CEDH, 30 juin 2005, Bosphorus c. Irlande, n° 45036/98.[9]Pour un exemple rĂ©cent, voir CJCE, 21 dĂ©cembre 2011, c. Secretary of State for the Home Department, aff. C-411/10, pt 88-90 et 112.[10]J. Coppell, A. OâNeill, The European Court of Justice Taking Rights Seriously? », Common Market Law Review, 1992, p. 669 ; J. Weiler, N. Lockhart, âTaking Rights Seriouslyâ The European Court and its Fundamental Rights Jurisprudenceâ, Common Market Law Review, 1995, p. 51 I et p. 579 II.[11] Ceci est particuliĂšrement clair dans lâarrĂȘt Algera, dans lequel la Cour indique que, sous peine de commettre un dĂ©ni de justice, elle doit rĂ©soudre la question du retrait des actes administratifs individuels pour la solution de laquelle le TraitĂ© ne contient pas de rĂšgles » CJCE, 12 juillet 1957, aff. 7/56 et 3/57 Ă 7/57.[12]Dans sa thĂšse publiĂ©e en 1996, Mme Papadopoulou relevait ainsi dĂ©jĂ plus de 1200 arrĂȘts de la Cour de justice et du Tribunal de premiĂšre instance sây rĂ©fĂ©rant Papadopoulo, Principes gĂ©nĂ©raux du droit et droit communautaire, Bruxelles, Bruylant, 1996.[13] SauvĂ©, N. Polge, Les principes gĂ©nĂ©raux du droit en droit interne et en droit communautaire. Leçons croisĂ©es pour un avenir commun ? », in LâUnion europĂ©enne Union de droit, Union des droits. MĂ©langes en lâhonneur de Philippe Manin, Paris, PĂ©done, 2010, p. 727.[14]CJCE, 3 septembre 2008, Kadi et a., aff. C-402/05 P et C-415/05 P.[15]L. Burgorgue-Larsen, Quand la CJUE prend au sĂ©rieux la Charte des droits fondamentaux, le droit de lâUnion est dĂ©clarĂ© invalide. Commentaire sous CJUE, 1er mars 2011, Association belge des consommateurs test-achats ASBL, aff. C-236/09 », AJDA, 2011, p. 969.[16]CJCE, 12 juin 2003, Schmidberger c. Autriche, aff. C-112/00.[17]Respectivement CJCE, 14 octobre 2004, Omega Spielhallen, aff. C-36/02 ; CJCE, 11 dĂ©cembre 2007, International Transport Workersâ Federation et Finnish Seamenâs Union contre Viking Line ABP et OĂ Viking Line Eesti, aff. C-438/05; CJCE, 18 dĂ©cembre 2007, Laval un Partneri Ltd, aff. C-341/05.[18]Ou, en tout Ă©tat de cause, des limitations Ă certains de ces droits, ainsi que cela ressort clairement de la formulation de certains arrĂȘts les droits Ă la libertĂ© d'expression et Ă la libertĂ© de rĂ©union pacifique garantis par la CEDH n'apparaissent pas non plus - contrairement Ă d'autres droits fondamentaux consacrĂ©s par la mĂȘme convention, tels que le droit de toute personne Ă la vie ou l'interdiction de la torture ainsi que des peines ou traitements inhumains ou dĂ©gradants, qui ne tolĂšrent aucune restriction - comme des prĂ©rogatives absolues » CJCE, 12 juin 2003, Schmidberger c. Autriche, prĂ©citĂ©, § 80.[19]CJUE, 22 novembre 2005, Mangold c. Helm, aff. C-144/04.[20]Et pas seulement la doctrine de langue allemande ; voir par exemple O. Dubos, La Cour de justice, le renvoi prĂ©judiciel, lâinvocabilitĂ© des directives de lâapostasie Ă lâhĂ©rĂ©sie ? », JCP G, 28 juin 2006, II, 10107.[21]D. Hanf, Vers une prĂ©cision de la Europarechtsfreundlichkeit de la loi fondamentale. Lâapport de lâarrĂȘt rĂ©tention des donnĂ©es » et de la dĂ©cision Honeywell du BVerfG », Cahiers de droit europĂ©en, 2010, p. 515 ; J. Wahltuch, La guerre des juges nâaura pas lieu. A propos de la dĂ©cision Honeywell de la Cour constitutionnelle fĂ©dĂ©rale allemande », RTD eur., 2011, p. 329.[22]S. Platon, La coexistence des droits fondamentaux constitutionnels et europĂ©ens dans lâordre juridique français, Paris, LGDJ, 2008, p. 255.[23]Rapport de la Grande-Bretagne, § 57.[24]Voir ainsi les dĂ©cisions garde Ă vue » du Conseil constitutionnel, notamment n°2010-14/22 QPC du 30 juillet 2010 et n° 2011-191 QPC du 18 novembre 2011. Voir Ă©galement E. Daoud, Garde Ă vue faites entrer lâavocat ! », Constitutions, 2011, n° 4, p. 571 ; A. Giudicelli, Le Conseil constitutionnel et la garde Ă vue puisque ces mystĂšres nous dĂ©passent, feignons dâen ĂȘtre lâorganisateur », Revue de science criminelle et de droit pĂ©nal comparĂ©, 2011, n° 1, p. 139.[25]Cela est par exemple le cas en droit polonais. Compte tenu du protocole n°30, lâapplicabilitĂ© de la Charte en droit national est fort discutĂ©e. Cela nâempĂȘche pas le juge national de se baser sur des principes tirĂ©s du droit interne pour arriver Ă un rĂ©sultat comparable. Voir J. Chlebny, Mise en Ćuvre de la Charte des droits fondamentaux de lâUnion europĂ©enne. RĂ©ponse au questionnaire pour la Pologne », colloque de lâAssociation des Conseils dâĂtat et des Juridictions administratives suprĂȘmes de lâUnion europĂ©enne, disponible sur 24 juin 2004, Von Hannover c. Allemagne, n° 59320/00 ; CEDH, 7 fĂ©vrier 2012, Von Hannover c. Allemagne, n° 40660/08.[27]Il sâagit de la Ewigkeitsklausel de lâarticle 79 alinĂ©a 3 de la Loi fondamentale, aux termes laquelle Toute modification de la prĂ©sente Loi fondamentale qui toucherait Ă lâorganisation de la FĂ©dĂ©ration en LĂ€nder, au principe de la participation des LĂ€nder Ă la lĂ©gislation ou aux principes Ă©noncĂ©s aux articles 1 et 20, est interdite ».[28]Voir notamment les dĂ©cisions n° 2004-496 DC du 10 juin 2004 et n° 2006-540 DC du 27 juillet 2006 du Conseil constitutionnel.[29]Ainsi, selon le juge administratif, la suprĂ©matie confĂ©rĂ©e par lâarticle 55 de la Constitution aux engagements internationaux ne s'applique pas, dans l'ordre interne, aux dispositions de nature constitutionnelle » CE, Ass. 30 octobre 1998, Sarran et Levacher et autres, 200286. Cette mĂȘme formule est employĂ©e par la Cour de cassation, rĂ©unie en assemblĂ©e plĂ©niĂšre, dans son arrĂȘt Fraysse du 2 juin 2000. Le principe de primautĂ© ne saurait, en outre, conduire, dans l'ordre interne, Ă remettre en cause la suprĂ©matie de la Constitution » CE, 3 dĂ©cembre 2001, Syndicat national de lâindustrie pharmaceutique, n° 226514.[30]Protocole sur lâapplication de la Charte des droits fondamentaux de lâUnion europĂ©enne Ă la Pologne et au Royaume-Uni.[31]F. Schauer, Free speech and the cultural contingency of constitutional categories », Cardozo Law Review, 1993, n°14, p. 865.[32]Voir les dĂ©cisions Solange I 29 mai 1974, Solange II 22 octobre 1986 et Solange III 7 juin 2000 de la Cour constitutionnelle fĂ©dĂ©rale, ainsi que lâarrĂȘt du 30 juin 2009 relatif au traitĂ© de Lisbonne. Voir Ă©galement D. Hanf, op. cit. ; J. Wahltuch, op. cit. ; K. Bauer, Conditions et contrĂŽles constitutionnels de la validitĂ© du droit de lâUnion. Commentaire sur lâarrĂȘt du 30 juin 2009, ConstitutionnalitĂ© du TraitĂ© de Lisbonne », RTD eur., 2009, p. 799.[33]Voir notamment les dĂ©cisions n° 2004-496 DC du 10 juin 2004 et n° 2006-540 DC du 27 juillet 2006 du Conseil constitutionnel ainsi que les dĂ©cisions SociĂ©tĂ© Arcelor Atlantique CE, ass., 8 fĂ©vrier 2007, n° 287110, Rec. p. 56 et Conseil national des barreaux CE, sect., 10 avril 2008, n° 296845, Rec. p. 129.[34]Cette prĂ©occupation semble partagĂ©e par dâautres Etats ; voir par exemple rapport des Pays-Bas, p. 7-8.[35]M. Gautier, QPC et droit communautaire. Retour sur une tragĂ©die en cinq actes », Droit administratif, octobre 2010, p. 13.[36]CJUE, 22 juin 2010, aff. C-188/10 et C-189/10, Melki et Abdeli, voir notamment les points 56 en ce qui concerne la "loi-miroir" et 57 pour les conditions restrictives dans lesquelles cette prioritĂ© ne soulĂšve pas dâinterrogations. Voir Ă©galement CJUE, 1er mars 2011, ord., aff. C-457/09, Chartry c. Belgique. [37] Millet, RĂ©flexions sur la notion de protection Ă©quivalente des droits fondamentaux », RFDA, 2012, p. 307.[38]Voir pour la Cour constitutionnelle fĂ©dĂ©rale dâAllemagne les dĂ©cisions Solange I 29 mai 1974, Solange II 22 octobre 1986 et Solange III 7 juin 2000, ainsi que lâarrĂȘt du 30 juin 2009 relatif au traitĂ© de Lisbonne. Voir Ă©galement D. Hanf, op. cit. ; J. Wahltuch, op. cit. ; K. Bauer, Conditions et contrĂŽles constitutionnels de la validitĂ© du droit de lâUnion. Commentaire sur lâarrĂȘt du 30 juin 2009, ConstitutionnalitĂ© du TraitĂ© de Lisbonne », RTD eur., 2009, p. 799. En ce qui concerne le Conseil dâEtat, voir les dĂ©cisions SociĂ©tĂ© Arcelor Atlantique CE, ass., 8 fĂ©vrier 2007, n° 287110, Rec. p. 56 et Conseil national des barreaux CE, sect., 10 avril 2008, n° 296845, Rec. p. 129.[39]Voir lâarrĂȘt Bosphorus prĂ©citĂ©.[40]S. Platon, op. cit., p. 255.
Dansl'Aude, des chÚvres sont chargées de manger l'herbe et les ronces, pour éviter qu'un potentiel feu ne se propage. L'idée peut paraßtre étonnante, voire folklorique, mais il s'agit d'uneDownload Free DOCXDownload Free PDFDownload Free DOCXJournal d'actualité des droits européens, 2014Sébastien PlatonThis PaperA short summary of this paper37 Full PDFs related to this paperDownloadPDF Pack KvygZ.